Cinquante nuances de Cuir

Article écrit pour le n°20 d’Expression Cosmétique

Sous l’influence des contraintes de législation, de l’internationalisation et sous l’effet de mode moyen-orientale, l’accord cuir a beaucoup changé en quelques décennies. De la note « âtre de cheminée » à un effet daim souple, le cuir se décline en différentes tonalités.

Le parfum, comme la mode, est un éternel recommencement, et l’intérêt de la parfumerie pour le cuir semble assez cyclique. Après la période forte des années 80 (Polo de Ralph Lauren, 1978, Antaeus Chanel 1981, Kouros, YSL, 1981, Bel Ami 1986) ce cuir, si viril, si masculin, a quasiment disparu pour laisser place à des notes beaucoup plus propres et hygiénistes dans les années 90, voire plus fantaisistes dans les années 2000. Le cuir nous revient aujourd’hui, mais sous différentes formes.

Certes, la mode du « black » y est pour beaucoup, comment ne pas faire appel à des matières cuirées pour évoquer la face sombre d’un parfum. (Japon Noir, Tom Ford 2007 ; Fourreau Noir, Serge Lutens, 2009) Cuir Noir Armani Privé 2011).

Mais le retour du cuir est aussi beaucoup liée à la mode moyen orientale qui souffle depuis quelques années sur le marché occidental. La fameuse note Oud que Tom Ford a réussi à introduire sur un marché aussi puritain que celui des Etats-Unis a largement envahi toutes les marques, proposant une version plus boisée du cuir et plus ou moins animale. Un courant qui prend le contre-pied des notes propres voire lessivielles disponibles sur le marché.

Des parfums signés

Le cuir répond à une double demande du marché : puissance et qualité, dans un contexte où les marques cherchent à valoriser le parfum par des matières nobles, au même titre que l’iris, ou que de belles matières naturelles. « Le cuir apporte de la matière, de la sophistication, il permet également d’avoir une direction olfactive plus signée », explique Mathilde Bijaoui, parfumeur chez Mane.

Pour Olivier Polge, parfumeur IFF, « le cuir évoque plus le soir, un parfum plus impliquant, une face plus sombre. Il permet de répondre à une demande des marques de créer des parfums plus complexes qu’auparavant. Introduite en facette, la note cuir permet de travailler en profondeur, et de donner du relief à une composition. »

« Nous avons de plus en plus de demandes de parfumerie avec une certaine densité, un rapport à la matière, la texture ; et les cuirs permettent cela. » confirme Christine Nagel, Vice President Creation Fine Fragrance, Mane.

Une facette plutôt réservée à la parfumerie alternative

Mais force est de constater que le cuir reste cantonné à une certaine parfumerie très élitiste. « Le cuir, tout le monde en parle, mais personne n’ose » constate Antoine Lie, Parfumeur Senior chez Takasago.

Ainsi donc, cet accord serait à l’image de ce parfum iconique des années 20 : Knize Ten, de nombreuses fois cité, mais très confidentiellement porté.

Il est évident qu’à l’heure où la société n’arbore plus de manteaux de fourrure, ne mange plus de tripes et n’osera bientôt plus goûter de viande de bœuf, comment se parer d’une note animale? « Le cuir provoque forcément cette ambivalence entre fascination et répulsion », explique Alain Joncheray, Directeur Technique chez Azur Fragrance, « il y a inconsciemment une sorte de tabou à porter en seconde peau une note qui n’est pas humaine ». Olivier Polge s’en amuse : « j’aime l’idée que toutes les matières d’un parfum ne sentent pas bon, il est vrai qu’il faut forcément glisser à un moment une note dite problématique dans la formule ».

Cuir

Une note, des accords

N’en déplaise à Jean-Baptiste Grenouille, la peau se sent, s’effleure mais ne s’enfleure… Il n’existe donc pas d’essence de cuir à proprement parler.

Aussi les parfumeurs doivent pour donner un effet cuir à un parfum travailler la note en accord. Chaque parfumeur a sa propre interprétation de l’accord cuir, historiquement construit sur des piliers

  • les pyrogénés : Bouleau, Cade, Styrax pyrogéné
  • les cuirs verts : Isobytylquinoleine, isopropylquinoleine
  • les cuirs baumés : Ciste, labdanum, encens

Autour desquels gravitent toutes les autres facettes olfactives qui peuvent nuancer cette note cuirée (animale, florale, musquée, poudrée, fruitée, épicée, tabacée, boisée)

Une législation qui a bousculé l’accord

« La législation a bouleversé le paysage », note Michel Almairac, Parfumeur Senior chez Robertet. Ces piliers ont fortement été attaqués par la législation : parfois interdits, restreints dans la formule ou classés CMR (les substances chimiques présentant un effet Cancérogènes, Mutagènes ou toxiques pour la Reproduction.).

C’est le cas des matières à inflexions brûlées (Bouleau, Cade, Styrax pyrogénés) ou même si elles sont retravaillées, elles sont boudées par certains grands groupes qui anticipent la législation. Idem pour les notes animales qui depuis bien longtemps ont quasiment disparu de la palette du parfumeur. Ainsi toutes les bases mythiques qui ont fait la renommée des parfums cuir (Cuir HF, Animalis, Cuir de Russie) ont disparu ou sont aujourd’hui méconnaissables.

Aussi chez Robertet, un travail constant est fait sur la conformité des matières premières : par changement de procédés d’extraction, on élimine les parties problématiques et on trouve de nouvelles nuances explique Michel Almairac notamment sur les dérivés du labdanum.

Chez Mane, on rectifie les notes pour ne pas en faire sortir certaines de la palette du parfumeur explique Jean Pierre de Mattos, Responsable Ingrédients pour la maison, c’est la raison d’être de la gamme Purified Ingredients (Cade, ou Tabac où la teneur en nicotine a été réduite.) Côté spécialité, les absopop proposent aussi un Osmanthus intéressant par ses notes cuirées fruitées. Deux Pure Essence Jungle Brandy et Rhum sont pertinents dans un accord cuir et soulignent son côté animal. Enfin côté molécule, la société s’est intéressée aux bois, depuis notamment le retour des chypres, et l’intérêt du marché pour les bois ambrés ; leur molécule captive le Lorenox™, un boisé ambré cuirépermet aux parfumeurs internes de jouer avec un fond plus moderne.

Chez IFF, LMR travaille en étroite collaboration avec les parfumeurs sur des cœurs de matières premières : en combinant à partir d’une même matière plusieurs techniques d’extraction, (Distillation moléculaire, Extraction au C02) et passage en colonne de fractionnement, la société parvient à proposer aux parfumeurs un matériau plus précis, plus propre et plus facetté. Une palette étendue qui leur permet de donner des inflexions différentes aux cuirs : entre autre, un effet oud avec le Cœur Jatamansi, ou le cœur Cypriol deux boisés cuir exclusifs IFF, plus baumé avec le Styrax Resinoid low Stirene. Côté synthèse, « les chimistes d’IFF se sont toujours penchés sur l’étude de la nature pour extraire de nouvelles molécules », explique Pierre Yves Cariou, Senior Perfumer / Research Parfumery. La célèbre base Suederal, est le fruit d’une recherche menée dans les années 70 par le Doctor Braja Mookherjee (Directeur de la Recherche chez IFF). Les clients sont sensibles à ce que ces notes présentent une accroche naturelle pour retrouver cette odeur de peau, aussi IFF est toujours actif dans le travail de certains captifs qui ont marqué des étapes dans l’évolution des structures moléculaires des notes cuirées comme les molécules captives Excital, et Costusid). Autre molécule utilisée et dont le process n’a jamais cessé d’être amélioré le Tobacarol.

Chez Takasago, « l’ Ambrinol 20T, l’ Ambretone et l’ Hinokitiol, peuvent apporter un effet cuiré très intéressant et moderne, explique Maia Lernout, parfumeur technique. L’Ambrinol 20T, plus animal, a une facette minérale-ambre gris à fort caractère. L’ Ambretone, musc à un effet peau, apporte de la chaleur, se marie bien dans les accords floraux. Quant à l’ Hinokitiol, qui est une note boisée, un peu musquée, a une inclinaison clairement cuirée. On retrouve cette molécule à l’état naturel dans une espèce de Cèdre et dans l’essence d’Hiba, une variété de conifère au Japon dont le bois est sacré. »

Chez Firmenich, le travail des notes cuirées s’est naturellement construit autour de l’expertise de la maison sur les bois ambrés, véritable signature olfactive de Firmenich, rappelle Laurent Mercier, responsable matières premières. Aussi la société est sur le point de lancer un nouveau captif boisé cuir, qui au même titre que le Safracenate d’Ethyle, autre captif de la maison, revisitera la tendance Moyen Orientale tout en gardant ce qui fait sa force : l’esprit du voyage et sa puissance.

Il existe également une spécialité le Cuir DM qui permet de donner des accents boisés fumés, vétiver, gaïac, ambré. Il apporte du relief et la puissance que nous inspire la mode moyen orientale complète Fabrice Pellegrin, Parfumeur et guide de l’innovation en matières premières naturelles.

Chez Givaudan, deux molécules principales rentrent dans l’accord cuir : la Pyralone, aux nuances vertes donne une bonne alternative à l’Isobutylquinoléine ; et l’Orcinyl 3, qui offre des accents mousse. La recherche se porte moins sur la note cuir en tant que tel, mais plutôt sur d’autres facettes qui peuvent apporter des aspects cuirés, explique Hervé Fretay, responsable matières premières ; les cuirs sont des molécules très puissantes qui marquent beaucoup, il faut les habiller avec d’autres facettes, comme l’Azarbre, qui apportera des effluves de boîtes de cigare, miellé et irisé ; le Boisiris, qui est aussi tabacé ou l’Ambermax, toute nouvelle molécule captive de bois ambrés qui aide à pousser les notes cuirs.

Une nouvelle façon de travailler les cuirs pour les parfumeurs ?

Pris entre la déferlente Oud et la tendance ultrapropre anglo saxonne, les parfumeurs cherchent de nouvelles façons de combiner les cuirs et surtout de sortir l’accord de la connotation un peu vieillote, souvent associée à l’IBQ, dont elle teinte les parfums.

Plus sombres : Brute et authentique

Jacques Huclier, parfumeur Givaudan, aime travailler la « brutalité domptée » d’un cuir, en cherchant davantage la puissance et la signature. « Dans A Men Pur Cuir, j’ai associé des notes sèches et viriles : Styrax Pyrogéné, Bouleau Rectifié, et Pyralone ».

Toujours dans la virilité, Mathilde Bijaoui et Christine Nagel – il fallait bien deux femmes pour dompter la bête- ont composé à quatre mains Hommage à l’Homme pour Lalique autour d’un accord patchouli, violette, labdanum et safran donnant un effet tabacé irrésistiblement masculin et Dandy.

Christine Nagel : « il faut le travailler, le malaxer, et le mettre en confrontation avec une matière aussi forte que lui pour lui répondre, lui donner une claque pour le dompter, trouver quelqu’un d’aussi fort que lui ; sur une note maltolée par exemple, le cuir permet d’apporter de la profondeur et de déniaiser la note. »

Plus clairs : un cuir souple et sensuel

Une autre direction olfactive : troquer le cuir fumé contre un effet daim plus souple, plus blanc et plus velouté. « Il faut travailler le cuir en constraste avec des muscs pour avoir une meilleure acceptabilité, dans l’Essence de Cerruti, le cuir est adouci par un accord benjoin-musc et modernisé par la Safraleine et sa note métallique en tête. » explique Antoine Lie. Olivier Polge habille avec délicatesse le cuir de notes baumées, une facette orientale qui engendre une addiction certaine, du styrax pour Midnight in Paris, Van Clef & Arpels, des notes vanillés, benjoin pour draper le Suederal de Cuir Beluga pour Guerlain.

Michel Almairac a travaillé la facette fruitée veloutée en jouant sur un accord de matières sélectionnées pour transcrire l’idée d’une belle peausserie, d’un accessoire de luxe à l’image de la marque Bottega Venetta.

Fabrice Pellegrin apprécie de travailler le cuir en combinant naturel et synthèse pour donner plus de profondeur. Volutes de Diptyque est la subtile combinaison de styrax, de muscs et de Safran Signature, spécialité Firmenich.

Le cuir de demain ?

Un cuir plus tabacé et sombre aux accents de oud, un daim plus souple et transparent autour du Suederal et de la Safraleine, des cuirs osmanthus veloutés… les possibilités ne manquent pas de revisiter cette note qui fascine tant.

Jacques Huclier imagine un cuir moderne en association avec les épices qui sont très à l’honneur en ce moment :  « la Safraleine dans un accord cuir donne une vibration moderne »

Pour Christine Nagel, « tout reste à faire dans cette famille, comme il a été possible de moderniser le chypre avec Narciso Rodriguez For Her, il faut réinventer la construction traditionnelle du Cuir, l’épurer, travailler une eau de cuir, quelquechose de très fluide… Et lorsqu’une grande marque aura trouvé la façon de le faire, beaucoup d’autres suivront… »

Ainsi donc, grandes maisons (de maroquinerie, ou d’ailleurs) en quête d’une signature noble et racée, un territoire olfactif reste à prendre…

Du parfum d’ambiance à la fragrance de maison

Article écrit pour le N°4 d’Expression Cosmétique

Controversé par les ligues américaines et Greepeace, le marché du parfum d’ambiance se défend par une offre de plus en plus haut de gamme. Ce marché très saisonnier au niveau des notes olfactives va chercher auprès de la parfumerie fine une inspiration valorisante.

Il suffit de se rendre au rayon parfum d’ambiance des Galeries Lafayette Maison pour s’étonner devant une telle offre ! Comment choisir son produit ? Un vrai casse tête à tel point qu’une formation a même été créée pour y voir plus clair : « Parfum de Déco » proposé par les Ateliers Thierry Mugler ; comme l’explique Patty Canac, olfactothérapeute et créatrice d’Olfarome : « ce marché mérite que l’on prenne du temps pour s’initier aux différentes possibilités de décorer olfactivement son habitat ».

Il existe effectivement autant de raisons différentes de parfumer son intérieur que de se parfumer soi-même : masquer des odeurs inopportunes, assainir, se faire plaisir, accompagner sa décoration intérieure (un bouquet floral sur un canapé au goût british) ou au contraire créer la rupture (une note de jardin printanier dans un hôtel moderne très urbain).

Une autre question importante : faut-il avoir le même parfum pour soi et son intérieur ? Les prestigieuses maisons de parfum Diptyque, l’Artisan Parfumeur, Miller Harris, Penhaligon’s, Jo Malone, déclinent leur parfum en accessoire de maison. A l’inverse, Francis Kurkdjian propose une interprétation olfactive de la fleur d’oranger ou de la rose différente selon que l’on parfume un homme, une femme ou une maison.

Lorsque l’on regarde le chemin parcouru en terme de notes, force est de constater que la frontière entre parfumerie fine et parfumerie d’ambiance est de plus en plus floue. Il y a quelques années le fine fragrance voyait émerger les parfums « matières », aujourd’hui, le parfum d’ambiance semble suivre le chemin inverse : vers plus de complexité olfactive.

En ambiance, bien sûr les best sellers restent les mononotes : un nom évocateur désigne de façon figurative la note : ambre, fleur d’oranger, herbe coupée, jasmin, muguet, figuier etc…Mais depuis peu, des parfums plus conceptuels apparaissent. L

Le marketing n’y a plus rien à envier à la parfumerie fine car le produit fait l’objet d’un véritable brief s’inspirant de différents éléments (une couleur, une collection de la maison mère, un souvenir, un univers particulier)

Côté inspirations, on entend souvent parler de « trickle up » (on s’inspire d’un univers plus prestigieux, la parfumerie fine, pour valoriser le produit) et de « trickle down » (on emprunte des codes à d’autres univers, en ce moment la cuisine, pour apporter un nouveau souffle).

Linge propre

Souvent demandée à Sophie Nogues, et Clotilde Maisonneuve, créatrices de Madecos, (conseil en marketing et développement de produits cosmétiques) la note « linge séché au soleil ». Une odeur transparente, blanche où les muscs blancs apportent leur pureté rassurante, très cocooning. On y retrouve beaucoup d’allusions au textile : lin blanc, coton, soie. (Secret Maison, ligne Cashemire). Un linge immaculé qui mérite même une lessive et un assouplissant parfumés par Francis Kurkdjian.

Tendance Zen 

Une invitation à un voyage intérieur, la fragrance nous invite à faire le vide par une note fraîche et naturelle : souvent des notes vertes comme le bambou, ou le thé. (Pousse de Bambou, Skalli)

Ambiance boudoir

Une atmosphère tamisée, où les notes de bois et d’ambre nous séduisent pour un moment intime et sensuel. La bougie en est le support de prédilection car elle y contribue aussi bien visuellement (photophore), que tactilement (bougie de massage).

Invitation aux voyages

« Ce thème rassemble les adeptes des notes orientales, boisées, épicés, les notes d’oud sont aujourd’hui très actuelles même sur le marché français », indique Maryline Niedzielski, directrice Marketing chez Esteban où on se réjouit du succès de la gamme Légendes d’Orient. De nombreuses marques ont d’ailleurs lancé leur gamme voyage : Bougie la Francaise, Résonnance.

Le voyage peut aussi prendre la forme d’une histoire, comme la nouvelle gamme de Cire Trudon : Contes pour enfants (un livret permet de lire l’histoire à la lumière de la bougie).

Le retour du romantisme

L’objectif : donner l’impression d’un grand bouquet de fleurs posé sur une table. On y retrouve les notes fleuries et poudrées qui font toute la noblesse de la parfumerie, (bougies Rigaud Gardénia et Rose de Damas). Des notes délicates, renvoyant à une féminité simple, à mettre en perspective avec le courant du « Nude » remarque Marie Eugénie Gouge, responsable Marketing chez Payan Bertrand.

Autre inspiration héritée de la parfumerie fine actuelle : la jacinthe et son accent fleuri vert très tendance en 2010. De même, « la note galbanum remise au goût du jour en fine risque de faire vite son apparition en parfum d’ambiance » pense Patrice Blaizot, directeur général chez Parfums Cosmétiques World (PCW).

N’oublions pas la fleur star du parfum d’ambiance qui conjugue une note fleurie verte et l’esthétique de la décoration : l’Orchidée (Orchidée Blanche Esteban).

Cuisine et gourmandise

En note fruitées, on savoure les fruits rouges (la nouvelle collection Fruits très Rouges d’Esteban), des agrumes (citron citron chez Miller Harris) ou fruits plus automnaux (Pear and Freesia Jo Malone). Outre les classiques chocolat, caramel, café, on découvre des notes inexplorées : Dattes, Pralines, (La Durée) ou le Génépi, (Ambiance des Alpes), développés par PCW, enfin des parfums aux facettes légumineuses : poivron, carotte, tomates (Parfums d’Orsay, ligne Feuilles de tomates). Une inspiration qui apporte bien souvent de l’humour ou de la surprise, voire un brin de provocation (Hype Noses, Chococaïne). Le packaging accompagne parfois cette tendance « cuisine » comme les bougies Point à la ligne, conditionnées dans des pots de confiture.

Parfums et couleurs : le parfum se veut déco.

Cette notion de décoration est intrinsèquement liée au parfumage d’ambiance. Jo Malone l’a bien compris et en s’associant à Farrow and Ball, spécialiste en peinture et papier peint de tradition, une façon de s’intégrer à la décoration intérieure. D’autres jouent sur la couleur à l’instar de Goa où les packaging aux couleurs vives revendiquent « senteurs et plaisir des yeux ». Altearah associe couleur et humeur : la couleur qui nous fait envie correspond aux huiles essentielles dont nous avons besoin.

 

Innovations Techniques

De nouvelles bougies sans mèche chez PCW : le parfum qui ne brûle pas se diffuse lorsqu’on soulève le couvercle (Porcelaine Raynaud, désigné par Philippe Diméo).

Cire Trudon propose des « boules puantes » parfumées pour usage extérieur seulement, un coffret de 8 parfums. Une façon originale pour le directeur artistique Ramdane Touhami de donner une petit coup de fun à la marque.

Diffuseurs d’odeur

Côté professionnel, Scentys lance le Chichei – Platinum et Gold visant ainsi tous les marchés de la création d’ambiance haut de gamme : hôtellerie, spas, retail, cabinets médicaux huppés, et particuliers. Le système fonctionne par diffusion sèche (capsules de parfum faciles à manipuler et transporter). La Chichei peut accueillir en permanence 4 capsules de parfum, pour programmer des ambiances olfactives différentes selon le moment de la journée. « Notre approche est clairement orientée par la qualité de l’expérience client » explique Clément Jeanjean, DG Scentys « c’est pourquoi nous avons choisi un design valorisant et discret. »

Scentys Chichei Platinum_2 OK

Chez Exhalia, des clés USB permettent de faire découvrir un parfum sous forme de gift (clé USB Le Mâle de JP Gaultier) ou propose dès la rentrée la possibilité de diffuser un parfum sur un périmètre réduit tel son espace de travail au bureau.

Autre axe de recherche : Exhalia et Sham’s s’attaquent aux petits espaces (cabines d’essayage, ascenseurs, etc) avec respectivement le X et le I Sens.

Pour les espaces supérieurs à 250 m², Sham’s propose le I Sens Indus, suivi du I Sens Maxi, avec écran LCD, connectable à un Mp3 ou un I Pod.

Côté grand public, de la démocratisation : le diffuseur d’odeur envahit désormais le marché grand public avec une offre attractive : des petits prix, un design moderne qui s’inscrit dans la décoration intérieure avec un usage simple. Chez Lampe Berger le EasyScent propose un système de diffusion à froid pour garantir une meilleure préservation des vertus des huiles essentielles utilisées. Lorsque la technique se met au service de l’aromacologie…Même stratégie chez Sham’s, qui après 3 ans de recherche et de développement, promet diffuseur grand public révolutionnaire par sa taille, sa technologie, son utilisation (mobilité, simplicité), et des parfums qui ne seront plus forcément sur support alcoolique mais également aqueux … À suivre en fin d’année.

Conclusion

Des concepts porteurs d’histoire, une complexité olfactive plus abstraite, un packaging transformé en objet de déco, le parfum d’ambiance joue la carte de l’émotion pour regagner la confiance du consommateur. Une prochaine étape : la petite révolution des diffuseurs d’odeurs nouvelle génération qui arrive pour le grand public ?

Les sprays, brumes d’oreiller : pour un parfumage immédiat efficace mais plus éphémère.

Les bougies : pour un parfumage plus indirect, lent et créateur d’ambiance. (Possibilité de faire en même temps Photophore)

Les produits fonctionnant par capillarité ou Capilla : des bâtons de rotin, immergés dans un concentré de parfum. Ce qu’il faut savoir : les capillas ou bouquets parfumés sont plus efficaces dans une pièce étroite avec de la circulation. Un nouvel arrivant sur le marché venant du Japon : la fleur de Sola (proposé aujourd’hui par Madecos) : une alternative décorative aux bâtons de rotins.

Les diffuseurs d’odeurs : appareil à brancher utilisant différents procédés pour diffuser le concentré de parfum, ou l’huile essentielle.

Les produits qui brûlent : encens, papier d’Arménie, cônes

Les produits « déco » parfumés : céramiques, petits coussins, graviers, galets

 

Le parfum d’ambiance est également influencé par 3 paramètres extérieurs :

– la saisonnalité : si les fleuris verts bourgeonnent au printemps, les ambres, pommes-cannelle refont surface avant Noël…

– l’actualité : si on interroge les distributeurs et les fabricants de diffuseurs d’odeur, tous sont unanimes : la première question du consommateur reste la sécurité et la crainte des produits toxiques. Les articles d’ UFC Que Choisir et Greenpeace sont passés par là, poussant les consommateurs à se tourner vers des supports plus « naturels » comme les bouquets parfumés ou les huiles essentielles. Olfactivement, cela nécessite d’accepter des notes simples et « brutes », on troque la rondeur des muscs blancs pour les vertus d’une lavande romarin. La demande du bio est en route, comme en fine fragrance, mais les prix restent encore un frein à la production.

– l’utilisation de la note : choix collectif ou individuel? Pour Alain Joncheray, directeur technique chez Azur Fragrance, on ne parfume pas un produit d’ambiance acheté par le consommateur comme on parfume l’ambiance d’un espace public : la note est en quelque sorte « imposée » au grand public. De deux choses l’une : soit on recherche une identité olfactive, dans ce cas, la note peut être segmentante car le marketing olfactif fait correspondre à une certaine cible, un positionnement. Soit la note a simplement pour fonction de rendre l’atmosphère agréable, elle doit alors être à peine perceptible ; l’objectif : ne pas agresser le consommateur en entrant dans sa sphère intime au risque de le faire fuir.

Se pose alors une question importante : si le consommateur ne se sent bien qu’avec un parfum à peine senti, familier (donc accepté), qui n’agresse pas, ne choque pas, quelle est la part de créativité pour ce type de parfumage ? (d’ailleurs ne trouve-t-on pas sur ce marché des « féminités boisées », « Dernière figue », « Terre de Voyage », et autres inspirations des leaders en fine fragrance ?). Pour Alain Joncheray, Il faut certes rester créatif mais il ne faut pas vouloir modifier le comportement du consommateur.

 

Les différents procédés de diffuseur dodeur

Nom Procédés Exemples de société
Ultrasonique On fait vibrer la surface de l’eau, celle-ci se diffuse par brouillard emportant avec elle le concentré de parfum. Il faut donc que le parfum soit miscible dans l’eau. Ce procédé fonctionne avec une concentration de parfum faible, pour une diffusion discrète. Osmose
Piézoélectrique Utilise le même procédé que pour l’ultrasonique mais sans eau : on fait directement vibrer le concentré pour un meilleur rendement. Inconvénient : une technologie difficile, coûteuse.
Par effet Venturi Un compresseur à air provoque un courant d’air dans un tuyau qui aspire le concentré, celui-ci est transformé en micro-goutelettes. Une contrainte : bien rincer le matériel avant de changer de parfum
Par nébulisation Utilise l’effet Venturi mais avec un plus gros compresseur. Idéal pour des   grands espaces. Le parfum est concentré en moyenne à 20% dans un solvant (myristate d’isopropyle ou dowanol) Sham’s Conseil

Air Berger

Air aroma

Diffusion par évaporation sèche Le concentré imprègne une matière sèche : des microbilles, un substrat. Un système de ventilation permet la diffusion. Scentys

Exhalia

Olfacom

Sensorys