Parfums de Bolivie

Une après-midi à La Paz : sucre, superstition, et marchés
14:00 nous avons rdv sur la place San Pedro en plein coeur de la ville. C’est d’ici que commence le free tour qui permet de visiter le centre historique de la ville.
« Vous voulez du sucre ? » Si vous entendez cette phrase, ce n’est pas de douceur que l’on parle mais bien de drogue. La prison est tout contre la place, un simple petit mur doté de miradors sépare les touristes des prisonniers. L’établissement est prévu pour 400 personnes,  mais 1500 personnes y vivent, travaillent, traficotent encore dans l’enceinte. Les prisonniers payent leur cellule et peuvent ainsi vivre avec leur famille (les plus riches trafiquants ont bien sûr plus d’espace que les pauvres). Bref une vie presque normale en attendant leur procès un an, cinq ans… parfois dix ans.
Les premières explications de la guide nous mettent vite dans l’ambiance locale…
 
La Paz est célèbre pour ses nombreux marchés, dont les produits sont tout aussi dépaysants que ses « cholitas », qui affichent fièrement leur culture indigène. Toutes ces femmes portent encore le costume traditionnel, fait d’un grand jupon à plusieurs couches afin de montrer de larges hanches (propices à faire des enfants), de grandes chaussettes cachant le mollet (partie considérée comme la plus sexy du corps ici) et plus récemment le fameux chapeau bolivien qui semble flotter sur leur tête. Une origine bien étonnante : les anglais venus travailler sur les chemins de fer avaient l’habitude de le porter. Un jour une cargaison est arrivée avec des chapeaux trop petits. Ils proposèrent aux femmes de compléter leurs tenues. -« Mais ils sont trop petits », s’étonnèrent-elles. -« C’est la dernière mode en Europe » leur a-t-on répondu ! Et depuis les petits chapeaux ne cessent d’orner leur coiffure tressée…
Que trouve-t-on sur les marchés ?
Ici, la pomme de terre est reine : on en compte plus de 400 variétés ! Blanches, jaunes, noires, farineuses ou légères, toutes peuvent être mangées à la main, trempées dans une petite sauce aux piments… C’est l’occasion de découvrir la relation avec sa casera (marchande de légumes) : chaque famille choisit sa casera et lui « doit » fidélité. Si la relation est suivie, la caseras donnera à la famille le « yapa », c’est à dire du rab, petits cadeaux réguliers qui scelleront la relation (plus efficace qu’une carte monop !).
Sur le marché, on trouve aussi quelques trouvailles : des fleurs d’hibiscus à infuser avec du sucre de canne et de la cannelle.
Ou des fruits incongrus comme le Chirimoya, souvent utilisé dans des milk shake (pas mauvais, un goût de pomme-cannelle avec un soupçon de poire).
Mais le plus étonnant reste à venir : nous arrivons au marché aux sorcières.
Effectivement mes enfants s’arrêtent net devant des bébés de lamas… séchés !
Les échoppes vendant quasiment les mêmes articles se succèdent : vins, alcools, breloques, encens, fleurs en offrandes embaument les ruelles.
« Pas de photo de personnes« , nous demande la guide, « n’oubliez pas que ce sont des sorcières ! » Ce qui nous fait gentiment sourire, nous laissera ensuite vite perplexes. Le christianisme amené par les espagnols n’a pas éradiqué les croyances originelles et les boliviens ont su intégrer les rites païens à leur catholicisme comme le montre les ornements de la cathédrale San Francisco mettant en scène Pachamama, la terre mère à la place de Marie.
Lorsqu’une personne prépare un projet important : mariage, achat, construction.., elle se rend au marché aux sorcières et consulte un « yateri », sorte de diseur de bon aventure qui choisit pour elle l’offrande la plus adaptée. Plus le projet est important, plus l’offrande est conséquente. Pachamama adore le vin, l’alcool, les sucreries, les fleurs (c’est bien une femme !). Par exemple, lorsqu’on construit une maison, il faut glisser dans les fondations un bébé lama, mort de cause naturelle, car Pachamama lui a déjà pris sa vie. Mais s’il s’agit d’un immeuble de plusieurs étages, le bébé lama ne suffit pas… Bien sûr, c’est interdit, personne ne vous dira qu’il a vu lui même le rite se faire mais il en aura entendu parler de loin, comme l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’homme…  Comment expliquer autrement les corps retrouvés lors de travaux dans la ville ? La légende dit que pour les grands projets, les yateris se mettent en chasse de clochard. Se déguisant eux- mêmes en clochard, ils s’assurent que leur proie n’a plus de famille, plus de relations avec la société et le droguent avec de la coca et de l’alcool.
Le corps encore endormi est installé dans les fondations avant d’être enfermé à jamais dans le béton coulé. On dit que le building du gouvernement récemment construit sur la place principale renfermerait une dizaine de corps…
Herbes, alcool, sommeil éternel… comment ne pas penser aux rites incas vieux de 500 ans ? À Salta, nous avions visité le musée des momies retrouvées dans les volcans : des enfants de 6 à 16 ans, en parfait état de conservation, peau encore blanche, cheveux coiffés… Les enfants les plus beaux étaient en effet virtuellement mariés à d’autres enfants de communautés voisines afin d’allier les peuples. Après les cérémonies, les petits, toujours en costumes de fêtes, étaient conduits sur les hauteurs des volcans, où entre 5000 et 6000 mètres, ils s’endormaient de froid, après avoir ingéré breuvage d’alcool et de coca. Leurs mariages pouvaient se prolonger à jamais dans les cieux et assureraient une météo clémente aux récoltes…
 
Autres temps, autres mœurs ? Amis routards solitaires, si dans les rues de La Paz on vous propose un verre de pisco pour accompagner quelques feuilles de coca, déclinez, vous risquez de finir bétonné à côté de bébés lamas…

Fleurs d’exception, et logique industrielle

Article écrit pour le N° 38 d’Expression Cosmétique

Observer les griffures d’une pierre, le reflet d’un point à travers une pierre, voici quelques astuces pour différencier un vrai diamant d’un zircon. Pourrions-nous faire de même en parfumerie ? Évaluer une Rose 24 carats ? Les marques nous vendent ces fleurs précieuses dans les compositions. Comment sont-elles réellement intégrées dans une création vendue à des millions d’exemplaires ?

Rose, jasmin, iris, tubéreuse, mimosa, oranger, narcisse, immortelle, ces fleurs ont dessiné nos paysages et écrit l’histoire de la parfumerie française. Certains parfumeurs distinguent les plus nobles : la rose, l’iris, le jasmin, évoquant leur prix, leur rareté où tout simplement la difficulté de leur extraction. D’autres considéreront chaque fleur comme exceptionnelle: «  même l’ylang ylang a la capacité de faire voyager », explique Karine Vinchon, parfumeur chez Robertet. Pour Dominique Roques, directeur des achats naturels chez Firmenich, « parler de fleurs d’exception est un pléonasme, le simple fait d’avoir des fleurs naturelles dans les compositions relève du miracle ! ». Effectivement, devant la demande croissante, les réalités du terrain et les difficultés d’extraction, la fleur d’exception mérite de nombreuses précautions.

Rose Centifolia MANE     Firmenich Jasmin grandiflorum India copyright Com by AVM

Une demande en augmentation

Les fleurs sont partout ! Sur les podiums des défilés de mode, en décoration des magasins, sur les vêtements, les packagings… Les fleuristes seraient-ils devenus les nouveaux cuisiniers ? En parfums, ces fleurs sont utilisées pour différentes applications : principalement la parfumerie fine, en raison de leur prix, mais elles fleurissent sur de nouveaux marchés. « La demande est restée stable sur le marché de la parfumerie fine, mais les nutraceutiques et le marché des arômes notamment en Asie a contribué à une croissance soutenue », note Ryan Liegner, directeur marketing de Berjé. « On peut trouver par exemple sur le salon Fancy Food Show de l’huile d’olive infusée à la rose ». Autre essor : celui de l’aromathérapie, « la demande en huile essentielle sur un marché comme celui des États-Unis peut non seulement perturber l’équilibre entre offre et demande mais aussi changer la façon d’appréhender le produit, explique Dominique Roques. C’est un public éduqué qui se renseigne sur les provenances, les variétés ; ces habitudes peuvent se retrouver en parfumerie fine ». Toutes les fleurs sont-elles concernées ? « La rose est toujours la plus demandée, suivie par le jasmin et la violette. Pour celles-ci, la demande est en légère augmentation. Pour la tubéreuse et l’osmanthus, le volume est bien sûr moins important en parfumerie fine, mais restent des valeurs sûres. L’essence d’immortelle est de plus en plus sollicitée pour une utilisation en alcoolique », analyse Michel Cavallier Belletrud, directeur de la division ingrédients naturels de Payan Bertrand. Ryan Liegner constate également une forte augmentation des demandes de genêt et d’immortelle. « Cette croissance correspond à une augmentation récente de la popularité de notes « miel » dans la parfumerie fine et les eaux de corps ».

Mille et une attentions pour obtenir ce miracle

  • Aléas de la nature

Comprendre la filière, c’est « repenser le métier d’acheteur en intégrant la vision paysanne et culturale : il faut garder à l’esprit la saisonnalité, les éléments météorologiques incontrôlables, la variabilité de la récolte », explique Alain Croux, directeur des achats EMEA de Mane. Ce rapport entre l’homme et la nature est également évoqué par Fabrice Pellegrin, « ne pas négliger toute l’attention et le cœur mis dans la culture de ces fleurs. C’est un travail de toute une année qu’on ne soupçonne pas ». De l’humain mais également du temps, une notion importante et variable en fonction de la fleur : le jasmin et l’ylang ylang requièrent rapidité : la cueillette se fait au petit matin et le traitement, au cœur des champs pour ne pas laisser la fleur s’abîmer. L’iris nous apprend la patience, le séchage de ses rhizomes nécessite environ trois ans. Et parfois le temps manque : « cette année, les récoltes de violette et de narcisse se sont chevauchées ; il faut savoir s’organiser dans les ateliers», explique Alain Croux. « La tubéreuse est gourmande et capricieuse : elle nécessite beaucoup d’eau et d’attention pour offrir des rendements parfois aléatoires », complète Stéphanie Groult, directrice des achats chez Robertet. La nature est imprévisible et intégrer le risque climatique dans le compte d’exploitation s’impose immanquablement : « ce qui était autrefois une menace est aujourd’hui une réalité, témoigne Dominique Roques. Sur 2015, nous avons connu plusieurs accidents climatiques majeurs ; les fleurs sont encore plus exposées car elles sont très fragiles ».

  • … Et aléas de nature humaine

Un risque à ne pas négliger : la fiabilité de l’homme dans les pays en difficulté. « En travaillant sur le néroli des Comores, nous avons parfois été confrontés à des situations délicates, les récoltes partent aux plus offrants. Nous avons la chance d’avoir des locaux pour gérer nos productions, des personnes fiables sur qui nous nous appuyons depuis des années ; bien souvent les expatriés ne restent pas », explique Jean-Pascal Abdelli, directeur général d’Elixens France. Dans un autre domaine, Elixens  s’adapte aux impératifs locaux : « nous produisons sur place la concrète qui est ensuite rapatriée à Saint-Ouen l’Aumône pour la transformer en absolu. Cela permet de maîtriser la qualité et de limiter la manipulation d’alcool ».

Une filière plus transparente

Depuis une dizaine d’années, la filière se raccourcit de façon spectaculaire. Les causes ? Une volonté de sécuriser les approvisionnements, mais aussi une forte demande d’informations des clients : «les marques requièrent de plus en plus une traçabilité sur les produits, explique Dominique Roques. Même constat chez Payan Bertrand : « le rapport prix / performance olfactive reste une clef du succès sur ces produits, mais la deuxième clef de voûte est la traçabilité totale du processus et des matières premières ! L’odeur ne suffit plus, il faut garantir l’origine et la qualité. Par exemple, notre rose Centifolia Grasse a une traçabilité qui va jusqu’au champ », complète Frédéric Badie, directeur R&D de la division ingrédients naturels. Transparence rime avec pureté. « Les rendements faibles concentrent les indésirables (phtalates, pesticides…). Comment peut-on parler d’exception si une concrète contient ces produits ? Nos solvants sont rectifiés et contrôlés avant chaque extraction afin de garantir des teneurs extrêmement réduites en phtalates ainsi qu’en pesticides. La qualité se contrôle à toutes les étapes… « Et y parvenir, il faut être présent sur place, conclut Stéphanie Groult, cela passe par des partenariats avec les agriculteurs, par l’implantation d’usines en propre, [Robertet a acheté une fabrique de rose en Bulgarie en 2014], ou par l’investissement dans des joint-ventures pour accompagner la professionnalisation d’une filière ». Un choix qu’a pris aussi Firmenich en s’engageant avec Jasmine Concrete sur le jasmin et la tubéreuse indiens. Autre orientation prise, celle d’Elixens France en s’engageant par un partenariat durable et équitable labellisé avec les agriculteurs de la Drôme afin de pérenniser leurs cultures.

Le raccourcissement de la filière n’implique pas la disparition de certains acteurs, mais davantage une transformation de leur rôle, comme la sécurisation d’un stock disponible.

Quimdis joue cette carte lorsque la demande est trop forte sur un produit. « Nous nous positionnons très en amont sur les récoltes, par exemple pour le jasmin, nous estimons des prévisionnels en mars pour être sûrs d’être servis ; puis d’avril à juillet nous passons des commandes fermes bien avant de savoir le prix final. Il vaut mieux rogner sur la marge plutôt que d’être en rupture ! », explique Lola Hannaert, directrice des ventes chez Quimdis. Un rôle d’appoint possible quand la société a une bonne capacité de trésorerie pour financer le stock pour ses clients.

Des précautions en création

En eau, en essence, ou en absolu, la fleur a sa place dans toute la composition d’un parfum. « Que ce soit en tête, en cœur ou en fond, elle donne une âme au parfum », explique Karine Vinchon. Fabrice Pellegrin, parfumeur chez Firmenich, aime l’idée que « le naturel apporte de la couleur au parfum. Le naturel n’est pas linéaire, il vit, il raconte de belles histoires ». Patrice Martin, parfumeur chez Floressence rappelle : « N’oublions pas d’où on vient : notre formation est ancrée dans le naturel et les fleurs d’exception. Il est hors de question de s’en passer. On peut essayer de reconstituer ces essences avec les synthèses classiques – le résultat n’arrive pas à la cheville ! ».

  • 1% c’est déjà bien

Quelques gouttes ? 0,1%, 0,5%, 1% ? La proportion d’une fleur d’exception dépasse rarement ce chiffre. Sur des qualités rares, le dosage est minutieux, pour une question de prix en premier lieu, mais aussi « parce que nous ne sommes plus habitués à des parfums trop dosés en fleurs », explique Mathilde Bijaoui, parfumeur chez Mane. C’est toute la problématique du métier : le public réclame du 100% naturel mais n’apprécierait sûrement pas une telle création. Il est vrai qu’il ne faut pas oublier l’acceptabilité d’une overdose de fleurs, mesurée par les tests consommateurs. « Si les fleurs blanches (jasmin, fleur d’oranger) testent bien ; le narcisse ou l’immortelle séduiront les initiés », précise Mathilde Bijaoui. Heureusement, « certaines fleurs, comme l’iris, marquent tout de suite. Quelques gouttes suffisent pour donner une signature », poursuit-elle. Son récent Jasmin-Immortelle-Néroli de L’Occitane (pour la Collection Pierre Hermé) illustre un parfum où quantité de fleurs rime avec douceur : « L’intention était de construire un accord à la fois naturel et ultra féminin où l’on sent bien chacune de ces trois fleurs. Celles-ci sont rehaussées par un accord très frais de citron, mandarine, baies roses sur un fond de bois blancs ».

  • Accessoiriser la fleur en solitaire

Existe-il des règles élémentaires pour placer la matière au centre de la création ? Éviter les matières qui prennent trop la parole ; laisser la place aux matières dites « techniques » pour donner de l’éclat. « Face à la recrudescence de notes gourmandes et boisées ambrées, il faut effectivement faire attention à ne pas écraser ces beaux matériaux », reconnaît Fabrice Pellegrin. Pour la Fille de l’air de Courrèges, le parfumeur a joué la carte de la simplicité : évoquer le caractère régressif de la fleur d’oranger, en accentuant ses facettes aériennes, hespéridées, solaires et musquées. La twister avec de la synthèse : hérésie ou fantaisie ? « Je ne m’impose pas de règle, pourquoi pas associer bijoux fantaisie et diamants pour moderniser et personnaliser son look ? », répond Mathilde Bijaoui, qui aime contraster l’absolu rose avec l’oxyde de rose, « cela éclaire différentes facettes et lui donne plus de verticalité ».

  • Jouer la confusion des genres

Exit le cliché « rose = filles », « les fleurs sont unisexes, note Karine Vinchon, mise à part la tubéreuse essentiellement traitée au féminin, les autres fleurs peuvent tout à fait rentrer dans une formule masculine ». Le parfumeur pousse alors d’autres facettes : « dans Zara For Him, qui allie rose absolu turque, osmanthus, et iris, ce sont leurs notes cuirées que j’ai accentuées ».

Fleurs et innovation ?

  • Sélectionner la perle rare

Comme le choix d’une pierre, la sélection est une étape clé. Et le classicisme reste de mise à en croire la liste des fleurs les plus recherchées. La nouveauté passe davantage par le traitement de la fleur que par la fleur elle-même. Une exception, Berjé fait renaître une fleur oubliée : le Boronia de Tasmanie et « sa note fruitée, sucrée aux facettes qui proches de la violette et du jasmin ». La recherche de nombreuses sociétés se tourne vers une sélection plus pointue des variétés de fleurs. C’est le cas d’IFF qui sélectionne les roses aux plus bas taux de méthyl eugénol, le but : obtenir une fleur plus conforme à la réglementation. C’est aussi le sens des recherches de Firmenich, explique Fabrice Pellegrin : « nous sélectionnons les tubéreuses à meilleure « floribondité », à savoir celles dont la concentration de fleurs par tige est la plus forte, puis nous analysons leur profil olfactif pour conserver les plus crémeuses, les moins méthylées ».

  • Ciseler le joyau

La fleur arrive comme un diamant brut, il faut la transformer pour lui donner de la valeur. L’extraction CO2 permet d’en extraire la quintessence et ne cesse d’épurer les notes (Cf. Expression Cosmétique N°30, p.XX). De nouvelles techniques sont remises au goût du jour comme les infusions de fleurs, proposées par Firmenich. Un calibrage précis de différents paramètres : durée d’infusion, quantité de fleurs, se fait en fonction de la plante. « En substitution de solvants, elles apportent une certaine patine, tout en donnant un caractère floral dès la tête », un impact floral joué par Fabrice Pellegrin dans l’Eau Rose de Diptyque et White Tubéreuse de Réminiscence. Un autre geste revisité : la saumure, cette technique est adaptée lorsque la fleur est difficile à sourcer et à conserver « C’est le cas de l’osmanthus : plus on la laisse en saumure, plus la note cuirée s’affirme ; moins on la laisse, plus les fruits ressortent », dévoile le parfumeur.

Authenticité, naturalité, traçabilité, ces critères semblent être devenus la priorité pour les marques qui multiplient les photos de parfumeurs dans les champs de fleurs… D’un point de vue olfactif et d’un point de vue éthique, l’heure est bien à la transparence. Comme au diamant, on demande à la fleur d’avoir les quatre C : qu’elles apportent Couleur au parfum, Clarity (de la pureté), et Cut (la taille) c’est-à-dire avoir un traitement de la fleur irréprochable. Quant au Carat, ce qui pour la fleur représenterait les quantités… La profession se doit d’organiser au mieux la filière pour gérer l’augmentation croissante de cette demande.

Si les diamants sont éternels, les fleurs, elles, ne le sont pas…

Champaca blanc, Robertet (absolu)

Voilà une fleur que je ne classerais pas dans les gentilles, ah non, elle a tout d’une vilaine. En tout cas sa personnalité s’exprime avec différentes facettes de caractère : fleurie, un Ylang Ylang sensuel, un jasmin plus lourd, plus gras, et plus foin, ou même l’œillet (pour son côté eugénol), Le fond devient gourmand : amandes et fruits confits, pruneaux caramélisés. Enfin, la facette cuir arrive en finale pour accessoiriser d’une pointe de fumé. Vénéneuse lui irait bien comme adjectif, il y a de la violence dans cette odeur :  elle sent la fleur qu’on écrase. Et quelques heures après, elle s’adoucit pour donner une note thé aromatisé au jasmin…

Constituants  linalol, geraniol, méthyl eugénol

Hedione®, Firmenich (molécule)

Lorsque j’ai du mal à m’endormir, je ne compte pas les moutons, ni les tonnes de CO2 qu’on dégage, mais je m’imagine marcher dans des dunes de sable. Je fais le vide en me projetant dans un paysage neutre, vide… plein de vide, des milliers de grains de sable à perte de vue. Une unité de néant, où on se sent bien car rien ne vient perturber nos sens, rien ne saute aux yeux.

J’ai exactement cette impression de bien-être en sentant l’hedione. Je sais, c’est très curieux comme association d’idée mais je l’ai toujours assimilée à des dunes. Une matière neutre, douce, qui inspire l’harmonie, pourtant pas de note « sable » dans l’hédione, plutôt un jasmin tout doux, (on l’appelle parfum jasmin d’eau, ou jasmin transparent), ronde, fraîche, dénuée de note animale. Ses qualités de ténacité et sa rondeur en font une des matières les plus utilisées, pas étonnant que certains parfumeurs diluent leurs matières premières dedans. Elle mérite pourtant plus que d’être la matière bouche-trou pour compléter la formule d’un parfumeur en manque d’inspiration : » ah mince, il me manque 100 pour arriver à 1000, allez un peu plus d’hédione, ça fait pas de mal ! »

Et si on remplaçait la lavande par quelques gouttes d’hedione sur l’oreiller… Le Lexomil aurait du souci à se faire…

Caproate d’Allyle (molécule)

Je ne sais plus dans quel film c’est mais la scène m’a marquée et quand je sens cette matière j’y repense tout de suite :

Des jeunes sont dans un restaurant aux US, et regardent le menu en se demandant soudain : « Mais c’est quoi cette odeur, c’est immonde ? » – « Ah, ça vient du menu ! » Soudain la serveuse vient prendre la commande, récupère le menu… ils réalisent alors d’où vient l’odeur : elle vient de le mettre sous son aisselle !

Et bien le caproate d’allyle pour moi c’est ça : la vieille grosse serveuse qui se néglige (comme les femmes qu’on peut trouver dans les supermarchés l’été dans les villages avec du poil aux pattes et la moustache). Elle arrive pour nettoyer la nappe en lino avec une éponge sale qui a bien moisi et vous propose en dessert des ananas qui se révèlent être des ananas en boîte…

La première impression est terrible ! Après quelques minutes, l’odeur d’éponge moisie disparaît pour laisser une timide odeur d’ananas, un peu cuir, un peu cendrier. Heureusement, ça part vite.

Bon appétit !

Florol®, Firmenich (molécule)

Une gentille petite note, le Florol porte bien son nom : un fleuri frais, muguet, musqué propre, dans le bon sens du terme, moins aldéhydé que le Lilial, un petit départ détergent (comme une petite claque de dihydromyrcénol). Et si on cherche bien (ou alors, est-ce moi qui commence déjà à avoir faim ? en même temps, sentir, ça creuse !…) il y a comme une note patissière, vous savez comme le sucre glace qui recouvre un éclair ou plutôt un mille feuille, un petit côté frangipane (la bonne, qui n’a pas cette horrible alcool d’amande amère berk).

Bref, ça pourrait être bonne alternative au Lilial qui, semble-t-il, est suspecté de pas être copain avec les hommes : je discutais semaine dernière avec le directeur technique d’un studio de création qui lui l’a carrément supprimé de leurs matières autorisées : il serait lié à des causes d’infertilité masculine ! … Quelqu’un peut nous en dire plus là-dessus ?

Mayol®, Firmenich (molécule)

C’est une matière qui me rappelle mon WE : le grand nettoyage du printemps ! Eh oui, on ne peut pas partir tous les WE de mai tout de même ! On prend son Ajax pour faire les vitres, on plante de nouvelles fleurs (moi cette année, je teste Petunias et Oxalis !) dans les jardinières et on aère bien la maison pour faire rentrer les bons effluves d’un printemps un peu timide ! … Le Mayol combine en effet un côté Océdar, mais rafraîchi d’une petite note rose-citronnelle bien fraîche, musquée, un peu oranger comme une base de schiff très fraîche, avec un effet coumariné et vert qui nous rappelle aussi leur Feuillage Vert (sans le côté cassis). C’est printanier, délicat, un détergent sympa qui nous donne la satisfaction d’avoir bien rempli son we !

A essayer dans les compo pour harmoniser, rafraîchir un bouquet de fleurs, donner un côté rosée du matin. Il paraît qu’il fonctionne aussi bien avec la méthylionone et les bois.

Ajonc d’Europe

Ah la Bretagne ! Je reviens d’un petit weekend vers Saint Malo (merci les ponts du mois de mai !) et ai découvert une très belle fleur… En me promenant le long de la pointe du Groin, je me disais c’est drôle ça sent la noix de coco ici ! Je pensais que c’était qq’1 qui s’était parfumée au monoï mais non, c’est bien cet arbuste fleuri jaune qui diffuse cet incroyable odeur d’ambre solaire, de fruits exotiques, de coco verte, une tubéreuse-base de schiff pas chimique ! Elle incarne tout à fait ce qu’on entend par « Solaire », ce fameux mot qu’on voit partout dans les dossiers de presse ! On s’imaginerait plus sentir ça dans les îles avec une petite Pina Colada glacée dans les mains… mais non, on est bien sous le ciel gris de la Bretagne !

A ma connaissance, cette fleur n’est pas utilisée en parfumerie, (enfin peut-être, l’avez-vous déjà vue ?) il faut dire aussi que ses pétales sont petites et en plus elle est couverte de piquants, la coquine… Mais ce serait pas mal d’essayer de la reproduire en spécialité !… Dommage que son nom ne soit pas très glamour, Ajonc d’Europe, c’est sûr, ça fait pas trop rêver ! …

Champaca Blanc, Robertet (Absolu)

Champaca ! houlà ! Ce nom qui sonne comme un cri guerrier africain porte sa connotation : cette fleur est méchante assurément ! En tout cas elle a du caractère, même le lendemain, elle assure encore sur touche… Un départ sympa : Ylang-Jasmin, lourd, gras, et opulent ; elle évolue vers une note plus foin, tirant vers l’œillet (côté eugénol et fumé cuir), elle continue vers un délicieux fond de fruits confits caramélisés et amandés.  Capiteux, poudré, on dirait un oeillet qu’on écrase d’un coup de boots !  Tiens ! On est loin de la rondeur de J’Adore de Dior qui en contient, c’est une version plutôt latex et culotte en cuir qu’on a là !

Ses constituants : linalol, geraniol, méthyl eugénol…

Lotus, Sesti (absolu)

Rien qu’en entendant ce nom, Lotus, on voyage …Pourtant elle est bien timide cette matière, il faut savoir lui laisser du temps pour qu’elle s’exprime : on commence par un effet poudré, mimosa sans le côté amandé, carton (comme le lentisque) mais d’un autre vert : un vert plus aqueux, plus salé, sans aller non plus chercher la feuille de violette. On se rapproche plus d’une note thé : des feuilles de thé mouillées, un thé au jasmin passé. Pas facile à mémoriser tout ça ! …Peut-être qu’on peut s’en souvenir en l’associant à l’odeur du papier imprimé ? une bande dessinée ? au hasard … un Tintin ?