Hedione®, Firmenich (molécule)

Lorsque j’ai du mal à m’endormir, je ne compte pas les moutons, ni les tonnes de CO2 qu’on dégage, mais je m’imagine marcher dans des dunes de sable. Je fais le vide en me projetant dans un paysage neutre, vide… plein de vide, des milliers de grains de sable à perte de vue. Une unité de néant, où on se sent bien car rien ne vient perturber nos sens, rien ne saute aux yeux.

J’ai exactement cette impression de bien-être en sentant l’hedione. Je sais, c’est très curieux comme association d’idée mais je l’ai toujours assimilée à des dunes. Une matière neutre, douce, qui inspire l’harmonie, pourtant pas de note « sable » dans l’hédione, plutôt un jasmin tout doux, (on l’appelle parfum jasmin d’eau, ou jasmin transparent), ronde, fraîche, dénuée de note animale. Ses qualités de ténacité et sa rondeur en font une des matières les plus utilisées, pas étonnant que certains parfumeurs diluent leurs matières premières dedans. Elle mérite pourtant plus que d’être la matière bouche-trou pour compléter la formule d’un parfumeur en manque d’inspiration : » ah mince, il me manque 100 pour arriver à 1000, allez un peu plus d’hédione, ça fait pas de mal ! »

Et si on remplaçait la lavande par quelques gouttes d’hedione sur l’oreiller… Le Lexomil aurait du souci à se faire…

Dihydro ionone delta, (molécule)

Ah ça, c’est le rock de la violette : oh yeah ! Par rapport aux autres ionones, celle-ci est très encaustique, miel, ambrée, presque caramélisée mais pas dans le sens « bonbon gourmand » : non, elle va chercher le boisé, se masculinise avec une note cuir : elle a troqué son sac de mamie contre des boots compensées et sa note maquillage se transforme en piercing métallique. Après quelques heures, elle a presque quelque chose de bois ambré, tenace la petite ! …

Si Lisbeth Salander avait un parfum, ce serait une overdose de cette matière !

Lotus, Sesti (absolu)

Rien qu’en entendant ce nom, Lotus, on voyage …Pourtant elle est bien timide cette matière, il faut savoir lui laisser du temps pour qu’elle s’exprime : on commence par un effet poudré, mimosa sans le côté amandé, carton (comme le lentisque) mais d’un autre vert : un vert plus aqueux, plus salé, sans aller non plus chercher la feuille de violette. On se rapproche plus d’une note thé : des feuilles de thé mouillées, un thé au jasmin passé. Pas facile à mémoriser tout ça ! …Peut-être qu’on peut s’en souvenir en l’associant à l’odeur du papier imprimé ? une bande dessinée ? au hasard … un Tintin ?

Cassie Egypte, LMR (Absolu)

Une véritable odeur de toile de jute : une odeur de carton mouillé, de papier, de cuir, c’est à la fois sec comme de la paille et gras comme de l’huile d’arachide. On pourrait aussi y trouver une petite odeur métallique, j’imagine bien sentir un wok en fonte chinois avec de l’huile dedans. Un petit wok qu’on emballe de papier journal pour qu’il ne rouille pas !… Cette fleur apporte une note poudrée au parfum.

Cantryl®, Symrise, (molécule)

Sentir le cantryl m’amène directement en Chine : au fin fond d’un entrepôt de meubles : on y retrouve une note poussière, renfermée, l’effet boisé d’une vieille armoire de mariage avec en plus un véritable accent aromatique, camphré qu’on pourrait aussi retrouver dans une vieille herboristerie présentant des bocaux d’hysope ; un effet épluchure de carottes à la fois frais et terreux.

Il peut apporter beaucoup de sensualité (certains d’ailleurs le trouvent épicé cumin) et d’exotisme