Christchurch, odeurs de poussière

 

Nous avions choisi une auberge de jeunesse en plein centre ville mais lorsque nous sommes arrivés sur place, l’endroit ressemblait plus à une banlieue en construction. Un immense terrain vague s’étirait devant notre bâtiment.

J’avais lu l’histoire de Christchurch (île sud de la Nouvelle Zélande) avant d’arriver mais je ne m’attendais pas à cela. Le 4 septembre 2009, à 4:35 du matin un violent séisme secoue la ville et ravage le centre. Six mois plus tard, pendant la pause déjeuner, un second tremblement de terre encore plus violent achève la destruction : 80% du centre ville est anéanti, blessant 7000 victimes et tuant 185 personnes.

Rūaumoko, Dieu des tremblements de terre et des volcans s’était réveillé. Selon la légende maori, Rūaumoko, fils de la terre et du ciel est emprisonné sous sa mère et délivre sa fureur…assez régulièrement, d’après le musée Quake City : de petits tremblements toutes les semaines et un fort tous les 10 ans pratiquement.

Le musée explique toutes les précautions que les habitants et le gouvernement doivent prendre pour se protéger au mieux (nouvelles normes de construction, système d’accroche de tous les meubles)… Il raconte comment les associations ont essayé de redonner vie au centre ville, se creusant la tête pour imaginer des animations afin de changer les idées des habitants qui ont tout perdu.

Odeurs d’égouts.

Le musée nous fait surtout réfléchir sur toutes ces choses que nous prenons pour acquises : se laver les dents, prendre une douche, aller aux toilettes, lancer une lessive. Comment faire quand toutes les canalisations ont sauté ?

Une immense solidarité s’est ainsi développée, les jeunes d’université ont organisé une armée de volontaires pour aider les rescapés au quotidien ; un site humoristique répertorie ainsi les toilettes de fortune les plus créatives que les habitants du Canterbury ont imaginé dans leurs jardins.

http://www.showusyourlongdrop.co.nz

Odeurs de poussière

Une importante collection retrace aussi la progression des changements de la ville entre avant, pendant et après les tremblements. Il est émouvant de voir une ville entière baigner dans un immense nuage de poussière visibles à plusieurs kilomètres de distance.

Aujourd’hui des odeurs de béton et de ciment remplacent les effluves de gravats. Les aires de jeux fleurissent pour occuper les jeunes et ramènent un peu de vie. Petit à petit une lente reconstruction de Christchurch est en marche.

Anosmie au Japon

Après l’Inde, c’est toute une rééducation olfactive qu’il faut mettre en place : étalonner son nez, s’habituer à ne plus sentir les puissantes odeurs d’égouts et de curry, alternances de notes délicieuses et d’odeurs pestilentielles…

C’est d’autant plus un choc que le Japon sent très peu. Atterrir dans ce pays après six semaines très odorantes, c’est comme plonger dans une bulle inodore.

Dans la rue, sur les gens, seulement quelques traces d’effluves… à nous de redécouvrir le raffinement,  il faut chercher les odeurs et ne plus les subir. Même Tsukiji, le marché aux poissons le plus grand du monde ne sent pas car tout y est emballé !…

Faire l’expérience d’un onsen (bain public japonais) est une bonne introduction à la propreté legendaire du pays.

Par une belle après midi de typhon (#22 de son petit nom), nous sommes allés dans ces grandes institutions dont les Japonais raffolent après une randonnée non loin du mont Fuji. Deux espaces non mixtes cohabitent côte à côte, j’ai donc eu la chance d’avoir 2h pour moi, mes deux garçons faisant l’expérience avec leur papa.


Une douche que l’on prend assise dans des petits boxes, séparés par des petits panneaux, permet de nous récurer avant d’entrer dans les bains. Ici les savons sont généreux, partout des distributeurs procurent gels douche, shampoing et démêlant (souvent Shiseido) qui moussent beaucoup plus qu’en France. Je crois que je n’ai d’ailleurs jamais eu les cheveux aussi doux qu’au Japon. 


Pas de pudeur ici, les femmes aux corps lisses passent d’un bain à un autre, une micro serviette sur la tête, riant entre elles ou jouant avec leurs petits enfants. Différents bains sont accessibles : bains à bulles, bain à eau froide, riche en minéraux : soufre, fer, ou vanadium ; sauna, enfin un bain en plein air permet de profiter d’un petit jardin zen (et vivifiant, il neigeait !). 


Une fois le bain terminé, rdv à l’étage dans la pièce de relaxation pour admirer la vue sur le mont Fuji en kimono.

J’ai donc senti assez peu de parfums ici, effectivement les japonaises (et encore moins les japonais) se parfument très peu. 


Colognes, notes fleuri-vert, j’ai trouvé parfois quelques bois ambrés doux (sur des femmes) mais c’est tout ! Rien de gourmand, bref la vie est vraiment belle ici !… Il faut s’approcher des femmes pour sentir leur nuque ; et c’est un vrai bonheur de suivre les japonaises en kimonos pour saisir la délicatesse de leur odeur. Un parfum trop puissant serait considéré comme vulgaire m’explique Yaé, responsable marketing chez Robertet Japon. La séduction n’est pas un argument ici, où la femme est restée une femme enfant. Il faut savoir que contrairement à la France, où le parfum est lié à la mode et est donc un accessoire de luxe, le parfum est entré sur le marché japonais par les cosmétiques et a donc plus une vocation de bien-être.

Femme enfant ? C’est vrai qu’on est assez surpris de ce qu’on peut voir dans la rue : des déguisements complets Pikachu aux oreilles de Mickey portés fièrement à tout âge, (je m’imagine assez mal faire ça à 40 balais…), des publicités assez criardes dans les magasins de maquillage, des accessoires improbables… 


 

Donc beaucoup de choses ludiques, voire kawaï mais assez peu sensuelles. La lessive ? Peu parfumée, un rayon cheveux très important bp de produits coiffants et soins plutôt parfumés, et très peu de déodorant, le seul que j’ai trouvé est un petit stick crème neutre qui sent un peu le camphre… (bof).

Il existe pourtant un intérêt pour les parfums d’ambiance, à voir le nombre de lieux parfumés et le goût historique des japonais pour le Kodo (voir l’article « écouter l’encens« ).

La jeune génération qui voyage, et consomme des objets de luxe sera-t-elle plus ouverte aux fragrances ?  

Mais soyons prudents, amis parfumeurs, ce n’est malheureusement pas à travers un masque qu’on peut apprécier vos belles créations.

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Lockhart Tea factory

Si le musée du thé de Munnar ne vaut pas trop la peine (paraît-il), visiter l’usine en activité à quelques kilomètres est très instructif. On y apprend toutes les étapes de transformation de la récolte au conditionnement. Les photos n’étaient pas autorisées mais cette fois je n’étais pas seule donc j’ai pu vous faire quelques clichés.

 

C’est ici que tout commence, non loin des collines aux jolis méandres verts. La précieuse feuille traitée ici, dans l’une des nombreuses manufactures de thé locales. Elle subira plusieurs étapes avant de réchauffer vos soirées d’automne.

1) Lavage et séchage

Les feuilles sont d’abord lavées puis disposées sur un immense plateau pendant 14 heures ; une soufflerie permet de les débarrasser de l’humidité, et donc des moisissures.

Vert, noir, ou blanc, quelle que soit sa couleur, les feuilles proviennent de la même et unique plante ; ce sont les parties utilisées et les process qui diffèrent. Pour le thé noir, les grandes feuilles sont sélectionnées, (le plus gros du marché) ; pour le thé vert : les petites feuilles, jeunes pousses au vert tendre ; et pour le thé blanc, le plus précieux : ce sont les bourgeons. Comme le thé vert est fait en plus petites quantités, il est séché séparément tous les lundis.

1) Broyage

On passe ensuite les feuilles débarrassées de toute humidité au broyage. Le thé noir peut se trouver en 4 qualités différentes :

  • la meilleure est broyée 50 minutes pour avoir davantage d’anti- oxydants, il en ressort un écrasage fin mais non une poudre.
  • la deuxième est broyée 40 minutes
  • la troisième 30 minutes.
  • enfin les restes du passage au tamis seront broyés plus finement pour faire les sachets de thé de moindre qualité.

Le thé vert n’est broyé que 10 minutes, tandis que le thé blanc ne l’est pas : il est simplement séparé à la main de toutes les impuretés.

3) Oxydation et refroidissement

On laisse reposer les feuilles de thé noir à température ambiante en les aérant pendant environ 30 minutes. La fermentation commence, c’est là que la couleur du thé change et prend sa robe noire.

Cette étape n’est réalisée que pour le thé noir, le thé vert et le thé blanc ne seront pas oxydés. Le thé blanc sera juste séché sept jours au soleil.

4) Séchage à chaud

Changement de température dans cette salle où sont disposés d’immenses sécheurs électriques qui arrêteront la fermentation. Les feuilles broyées passeront 32 minutes à 130 degrés.

5) Tamisage et triage des feuilles.

Les feuilles seront alors séparées pour être débarrassées de leurs fibres (restes de tiges). Le thé noir perd ainsi 40% de son poids ; le thé vert 20%. Le blanc n’a pas de déchets.

6) Séparation colorimétrique

La fierté de l’établissement : une machine made in India, qui permet d’identifier les parties de thé de couleur différente. Les feuilles passeront ainsi 4 fois au travers de cette machine à caméras pour purifier le thé et n’avoir que les parties noires.

Le produit est alors expédié à Cochin pour être conditionné et bu aux quatre coins du monde…

Petits conseils de dégustation :

Thé vert : 4 feuilles pour 100 ml d’eau. Peut se boire avec du citron ou du miel pour adoucir l’amertume.

Thé blanc : 7 bourgeons (ne jamais mettre de lait ni de sucre pour bénéficier pleinement de ses propriétés anti cholesterol et cancer)

 

 

Jodhpur, la cité bleue en odeurs


Cela grouille dans les rues autour de la Tour de l’horloge : après les heures chaudes, la vie reprend son animation klaxonneuse autour du marché. La ville est aussi appelée Suncity, ayant le plus grand tôt d’ensoleillement d’Inde. Ici tout le monde semble avoir quelquechose à vendre, les échoppes spécialisées proposent des produits de niche : une boutique de cadenas, une boutique de bracelets, une boutique de rubans à broder sur des saris. Il faut être assez habile pour profiter du spectacle tout en évitant les motos les tuc-tuc, ou encore les vaches.

Soudain, un moment de grâce : une petite fille apparaît, tenant un bouquet de ballons, prête à s’envoler du brouhaha.


Prendre de la hauteur, c’est ce qu’il faut ; se promener dans les ruelles environnantes aux couleurs délavées permet d’apprivoiser la ville à première vue fatigante. Le bleu, couleur des habitations des brahmanes, propose depuis le fort une vue sur une mer bleue de maisons, un océan dans le désert… Prendre l’air, respirer loin des odeurs de la ville qui offre une alternance frustrante d’odeurs divines et repoussantes : rose, savon, ail frit, diarrhée, chapati, santal, lessive, égouts. A peine cherche-t-on, narines grandes ouvertes, à savoir d’où provient une délicieuse effluve de curry, que celle-ci est immédiatement remplacée par une odeur de décharge. L’extase olfactive est brève.


À quelques pas de la place principale, on peut trouver des échoppes de parfums. Les vendeurs excités par une touriste en basse saison me sortent leurs plus beaux flacons où colle un fond d’huile poisseuse, tapé par le soleil. Que peuvent-ils vendre ? Et à qui ?

Le soir même nous dînons dans un restaurant niché sur un temple. Je raconte notre voyage au serveur qui dit connaître quelqu’un à me présenter : un fabricant de parfums qui a une boutique à l’écart des rues touristiques. Le rendez-vous est pris.


Chopra représente la 3 ème génération de la petite société familiale Adinath sales. Dans sa distillerie, il produit de la rose provenant de Pushkar et du vétiver. Sans prononcer une seule fois le mot parfumeur, il dit aussi faire les mélanges des « attars », ces huiles parfumées, sans alcool, pour respecter les principes de sa religion, le Jaïnisme. Car ici, la religion est au cœur des principes de beauté. Il nous explique en effet comment utiliser l’attar : pour  vénérer les Dieux, plus que pour se parfumer.

Si vous avez comme moi une relation particulière avec le parfum et les cotons tige, vous allez adorer ce nouveau geste.


Faire une boule de coton et l’imprégner de l’huile parfumée. Faire sa petite prière et la présenter aux Dieux avant de la loger dans la cavité du cartilage de l’oreille, puis étaler sur les bras le surplus d’huile restée sur les mains. « Une offrande pour Dieu et un cadeau pour tout le monde » s’amuse Chopra. « Et comme ça ne tombe pas en prenant la douche, ça permet de se parfumer longtemps . »


Il vend aussi d’autres fleurs, qu’il ne produit pas mais qu’il « échange » avec d’autres confrères. Il me fait sentir la fleur de keora dont on boit l’eau de fleur comme l’eau de rose. La fleur de mogra, proche du jasmin et le chameli. Au bout d’un moment je lui fais remarquer « est-ce normal si je sens du santal dans vos fleurs ? » -« Effectivement, on met toujours la fleur dans l’huile de santal. Ça coûte moins cher, et en plus le santal a une propriété intéressante ».

Il me dépose une goutte de santal sur l’ongle à lécher. »le santal permet de mieux supporter la chaleur », « on le prend comme ça sur la langue ou sur un sucre, et comme c’est un peu amer, on termine par cela pour le goût « . Il me redépose une goutte sur l’ongle. Du café !  Le mélange santal-café est fantastique !

Et votre rose, comment est-elle ? Une variété différente de celle de « l’UP ». (Uttar Pradesh). Il existe environ 22 à 24 qualités de rose. Et cette année, la récolte a eu quelques insectes… -« Vous ne les traitez pas ? » -« We are Jaïns ! » Répond-il dans un éclat de rires : « We don’t kill insects »!

Pour faire bio, le jaïnisme a du bon…

D’autres ingrédients ont des fonctions liées à la religion, vous en saurez bientôt plus sur le Facebook de Robertet !

Smell -Trotter Project

Trop jeune, trop occupé, trop fatigué par les enfants, trop de travail, trop vieux, trop tard… Il y a des milliers de raisons de ne pas partir. Mais le « trop tard » a fait peur. Partir faire un tour du monde, c’est comme faire des enfants, ce n’est jamais le bon moment.

Alors oui Le Musc & la Plume sera un peu en sourdine pendant un an, même si l’activité continuera avec d’autres ou à distance ! 😱 (Merci à Maryline et Juliette qui prennent la relève !)

Mais je vous propose de garder un lien, un petit fil sur les réseaux sociaux Facebook et Instagram où vous pourrez suivre les aventures (et les galères) d’une famille en voyage dans les pays suivants :
Iran>Inde>Sri Lanka>Japon>Chine>Laos>Cambodge>Indonésie >Australie >Nouvelle Zélande >Polynésie >île de Pâques >Chili>Argentine >Etats unis (si on arrive à entrer après l’Iran)
Enfin ça c’est la théorie, les voyages sont faits d’imprévus…

Un an sans alcool. Enfin sans parfum sur la peau car tout ce qui rentre dans notre sac à dos est pesé et challengé sur son indispensabilité. Le parfum est un luxe, un plaisir futile, et je suis bien curieuse aussi de voir combien de temps je tiens sans…

Un an sans parfum ne veut pas dire un an sans odeurs… Qui sait ce que nous trouverons dans les contrées lointaines que nous visiterons…

Suivez nous sur la page Facebook du Musc & La PlumeEt sur Instagram

et aussi sur ceux de Robertet ! 

Cette aventure fera l’objet d’un carnet de voyage l’année prochaine !…

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The Harmonist

The Harmonist Paris 4Inspiré de la philosophie asiatique, The Harmonist repose sur l’équilibre de cinq énergies fondamentales, cinq éléments qui se répondent : eau, bois, feu, terre, métal.
Entrer chez The Harmonist, c’est tout d’abord être submergé par une lumière éclatante. Construite sur le principe du Feng Shui, la marque s’appuie sur le Yin et le Yang dans un espace rythmé de contrastes : chaud et froid, blanc et noir, modernité et philosophie ancestrale… Des matières somptueuses pour l’écrin d’une collection de 10 parfums.
La quête de votre harmonie débute par la découverte de votre élément personnel grâce à une tablette. Date, heure et lieu de naissance vous font découvrir votre énergie. Par exemple : Eau Yin « la goutte d’eau d’une rosée matinale : douce, paisible, patiente ». La curiosité pousse d’abord à vouloir découvrir le parfum associé à son propre élément, mais nous sommes invités à rester ouvert aux autres parfums. Chaque énergie possède un pouvoir qui influence notre élément : un parfum nous apportera du calme, l’autre de la créativité, etc… une façon d’être en phase avec nos besoins du moment.
Et les parfums ? De très belles notes signées Guillaume Flavigny, parfumeur chez Givaudan. Coups de cœur pour Desired Earth, un parfum boisé cuir très sensuel : immortelle, patchouli, cade, single malt, ambrette et violette. Magnetic Wood, formidable mimosa, enrichi de lentisque, iris, sur une structure boisée de cèdre et santal.
Chaque parfum existe en bougie afin d’harmoniser aussi son intérieur.
Un îlot d’harmonie et de luxe caché en plein cœur de Paris pour une société en quête de bien être et de temps pour soi…

Rémanence, ou la quête d’éternité

Article écrit pour le N° 35 d’Expression Cosmétique

« L’homme qui vivra mille ans est déjà né », affirme le chirurgien neurologue Laurent Alexandre dans son livre « La Mort de la mort ». Le parfum est-il en train de suivre la même voie que l’homme, gagnant chaque jour des heures d’espérance de vie ?

Il en suffit d’une ! Une qui porte ce parfum gourmand et pénétrant, et toute la rame est parfumée ; une qui, longtemps après son passage, laisse sa trace indélébile pour plusieurs minutes encore. Prolonger le sillage, utiliser de nouvelles matières à la puissance extrême, est-ce devenu une quête absolue de parfumeur ?

L’origine

« On parle de rémanence depuis longtemps dans le monde des détergents », se souvient Alain Joncheray, directeur technique chez Azur Fragrances. On aimait que la lessive sente le propre, et le propre, c’était l’odeur de la Galaxolide ». Aujourd’hui la question de la rémanence a gagné toutes les catégories de produits, de la lessive, au parfum, en passant par le déodorant.

Mais qu’entend-on par rémanence ? Ce critère se définit par la persistance d’un état après la disparition de sa cause, autrement dit la capacité d’un parfum à diffuser lorsque le signal a disparu. « Elle prend en compte trois paramètres », explique Amélie Genet, directrice du développement et du Consumer Insight chez Firmenich : « l’intensité, la durée et l’espace ». C’est une analogie presque philosophique qu’apporte Pierre-Yves Cariou, parfumeur senior / R&D chez IFF : « la rémanence pourrait s’apparenter à un cœur qui bat. Il n’a pas besoin de battre fort au départ, du moment qu’il bat dans la durée, pour prolonger l’impression du parfum ». Rémanence ne rime pas forcément avec puissance, la famille des muscs en est la parfaite illustration.

Le sillage, autre critère important pour la parfumerie fine, indique la capacité d’un parfum à laisser une trace après le passage d’une personne. « C’est une notion plus incarnée, et sensible, précise Alain Joncheray, c’est ce qui fait qu’on se retourne sur quelqu’un ».

La rémanence ou substantivité (terme davantage employé pour le Home Care et Body Care) se distingue également de la ténacité qui indique la durée pendant laquelle le parfum tient sur une touche. « Attention, un parfum tenace sur touche ne laisse pas forcément de sillage, précise David Maruitte, parfumeur chez Sozio. De même un sillage peut être très éphémère ».

Enfin, le terme bloom exprime « un halo parfumé, lorsque l’espace est envahi à T=0, explique Alain Alchenberger, parfumeur senior R&D et aujourd’hui à la tête de l’école Givaudan. Ce phénomène éphémère apparaît notamment lorsque le parfum d’un gel douche ou d’un shampoing est en contact avec l’eau », complète Patrice Bellon, vice-président innovation Scent & Care Symrise.

Volutes

La voix du consommateur

Rémanence, sillage, ténacité et bloom… Quelque soit le mot utilisé, la notion de durée et de diffusion intervient toujours d’une façon ou d’une autre dans le brief. On demande parfois que la note soit « puissante, qu’elle cogne, qu’elle tape, déplore David Maruitte, une demande qui vient souvent en première ligne avant de raconter une histoire ». Effectivement rémanence olfactive rime avec identification d’un parfum et donc mémorisation. Cet « air qui colle au corps et au cœur » aura plus de chance d’être mémorisé s’il nous est diffusé à un taux d’exposition important.

Pour Amélie Genet, « la demande de rémanence n’est pas forcément verbalisée dans le brief initial mais elle intervient à chaque étape de sélection des notes. Les consommateurs sont de plus en plus exigeants et la concurrence est également plus forte, un produit ne peut pas s’installer et rentrer dans le top 10 s’il n’est pas techniquement performant. Il y a aujourd’hui cette notion de « value of money », un client qui dépense entre 80 et 100 euros a une attente forte. De plus, l’environnement a changé, tout est plus parfumé, et il faut constater que l’offre s’est sophistiquée dans le Body et Home Care (gels douche, shampoing, lessive, détergents) si bien que les parfumeurs fine sont davantage challengés dans leur technicité ».

La mesure du temps

Il n’existe pas de mesure universelle de la rémanence, mais on sait aujourd’hui mesurer le sillage. Il fût un temps où on testait de façon empirique les performances d’un parfum. Souvenons-nous de M. Guerlain qui aurait validé l’essai du Vétiver, après une partie de chasse : son grand-père avait constaté qu’il masquait parfaitement l’odeur de la charogne dans laquelle son chien s’était roulé.* Moins extrême, mais tout aussi efficace, existe le fameux « test de l’ascenseur » explique Jacques Huclier, parfumeur chez Givaudan. Le test consiste à vérifier la rémanence d’une composition après le passage d’une personne dans l’ascenseur, si on sent encore quelques minutes après son passage, c’est gagné.

Aujourd’hui, toutes les sociétés de composition ont mis au point de nombreux outils pour mesurer les performances techniques des parfums, même si peu accepte de dévoiler leur méthode. Firmenich a ainsi présenté au Congrès Olfaction et Perspectives le « Pulscent », outil de mesure du sillage sur des plaques de verre en rotation. En effet, des analyses « headspace » de parfums appliqués sur peau et sur lame de verre montrent une évaporation similaire entre les deux supports. La mesure du sillage prend en compte trois paramètres : l’émission du parfum, et l’évaporation des molécules odorantes ; le flux d’air et le transport de ces composés volatils ; enfin la détection par les récepteurs olfactifs, et leur seuil de perception.

Le seuil de perception, voici une notion chère à Givaudan. En effet explique Alain Alchenberger : « l’équipe de recherche a introduit dans les années 80 le concept d’ « odor value » : il s’agit du rapport entre deux paramètres essentiels que sont la pression de vapeur et le seuil de perception. Il mesure la performance olfactive d’un ingrédient. Dans les années 84-85, j’ai mis en scène toutes ces données sous la forme d’une carte olfactométrique ou «  odor value map ». Cette carte permet de répertorier les matières premières de façon neutre, sans tenir compte de la notion de « liking » propre à chaque parfumeur ». Cette carte est donc un bel outil d’aide à la formulation pour un parfumeur en quête de rémanence.

Chez Symrise, on couple le sensoriel et l’analytique : « dans le premier cas, c’est un panel entraîné qui évalue les produits en les notant sur une échelle LMS (Labeled Magnitude Scale), échelle quasi logarithmique qui permet d’avoir des résultats plus fins », explique Patrice Bellon. « Chaque paramètre a son protocole, par exemple, la mesure du bloom se fait en trois étapes : le « Neat », (ou premier « snif » au débouché du flacon), puis la façon dont le parfum intervient dans l’étape moussante ; enfin, la rémanence dans l’air lorsque le parfum embaume la cabine de douche. Les matières sont alors classées selon leur pouvoir « bloomeur » ou « antibloomeur » ».

Prolonger la vie d’un parfum ?

La profession s’accorde à dire qu’il n’existe pas de révolution technologique pour augmenter la rémanence depuis la micro-encapsulation (Cf. Expression Cosmétique N°31, p.172). Les optimisations actuelles sont davantage dues à l’augmentation de la concentration, au choix de matières premières particulièrement substantives et surtout à la façon de formuler.

  • La concentration

« Intense, concentré, absolu, dense, extrême », les appellations ne manquent pas pour qualifier des concentrations toujours plus élevées. Bien sûr, elle joue sur la rémanence mais « est-ce toujours positif ?, se demande Alain Joncheray ; Est-ce que jouer fort signifie bien  jouer ? Souvent lorsqu’un orchestre joue fort, c’est pour cacher des défauts ». « C’est évident que l’on perd en subtilités », confirme Delphine Lebeau, parfumeur senior chez Fragrance Ressources, qui rappelle, qu’auparavant, on pouvait également travailler sur la macération pour gagner en rémanence. « Pour choisir la proportion de concentré, il faut lancer une étude de concentration ; c’est un travail empirique, il faut tester les meilleurs rendus de parfum. Quand c’est trop concentré, certaines notes ne sortent plus. Mais si on augmente la concentration, il faut faire attention à ce que le parfum reste conforme », précise-t-elle.

  • Des produits issus de la recherche

Le salon des matières premières tenu par la SFP les 10 et 11 juin dernier a bien illustré cette course à la rémanence qui se répand à travers toutes les familles olfactives. Stars incontestées de la substantivité : les bois ambrés. IFF ouvre à la commercialisation son captif Amber Xtreme®, promettant rémanence et effet liftant à tout parfum l’utilisant. Cette molécule a ainsi fait le succès d’Alien, d’Invictus et de La Vie est Belle, cas d’école en matière de rémanence. Elle répond ainsi à l’Ambrocénide® de Symrise et l’Ambermax® de Givaudan. Ce type de molécule est tellement performant qu’on les utilise souvent très diluées. « Il faut savoir les doser, les détourner de leur fonction ambrée principale, et les utiliser comme booster de fragrance », conseille David Maruitte. Plus en douceur, DRT propose dans la lignée d’un ISO E super, son Sylvamber®, aux notes cédrées et ambrées. Symrise annonce lancer prochainement un captif ambré.

Les muscs s’enrichissent avec la Laevo Muscone chez Firmenich, légèrement animale et aux accents poudrés. Les notes vertes sont remises à l’honneur chez Givaudan. La Spirogalbanone, travail issu de la recherche sur la rémanence, avec ses notes de galbanum et d’ananas peut se coupler avec la Pharaone, qui diffuse elle, plus en tête.

Parmi les notes gourmandes : autre acteur de rémanence, l’éthyl maltol dosé voire surdosé dans les parfums féminins. Les sociétés de composition cherchent à renouveler cette gourmandise par d’autres notes, comme le Popcorn, base proposée par Nactis Synarome aux inflexions de céréales et de toffee. Symrise lance de son côté un captif appelé Tiramisone, booster d’addiction fruitée, qui permet de pousser les fruits rouges.

Les notes de têtes peuvent-elles être rémanentes ? Cela paraît plutôt antinomique, d’un point de vue de parfumeur, mais il y existe des astuces pour prolonger leur effet : une pointe d’aldéhydes sur des agrumes», confie Delphine Lebeau, des boosters de fraîcheur, comme le captif Belanis de Symrise, pour prolonger la fraîcheur aromatique.

  • La densité du naturel

Quand on pense rémanence, on pense synthèse, mais il ne faut pas oublier les qualités substantives des naturels. « On choisit les matières premières naturelles, notamment les absolus, pour leur odeur et pour leurs qualités physiques, explique Alain Joncheray. Auparavant, on utilisait des teintures comme celle de la vanille, des absolus de rose, aux caractères très substantifs, ce savoir-faire ne doit pas se perdre ». Un marché l’a bien compris et redonne ses lettres de noblesses à la parfumerie : « S’il existe une partie du monde où on conjugue parfums rémanents et naturels, c’est bien le Moyen-Orient, s’enthousiasme Laurent Mercier, directeur Eurofragance. C’est une population très avertie, qui connaît bien le naturel et qui apprécie les notes à forts sillages (orientaux, oud, ambre, cypriol, shamama, (base indienne)). Ces naturels sont ensuite montés sur une structure très boisée ambrée. En raison de sa cible moyen-orientale, Eurofragance utilise, par exemple, des quantités insoupçonnées de notes ambrées (Cetalox, Ambroxan, Ambrocénide etc…) de l’ordre de quatre à cinq fois plus qu’une structure de taille comparable ». Et David Maruitte de confirmer : « Matières naturelles, jus colorés, qualité et rémanence vont effectivement ensemble dans l’inconscient de la culture moyen-orientale ».

  • La formulation sans accessoire

« Lorsque l’on sait composer, c’est-à-dire manier et conjuguer harmonieusement non seulement les tonalités mais aussi les volatilités et les ténacités, après avoir longuement étudier leurs diverses interactions, on réalise normalement des parfums suffisamment tenaces parce que bien construits ». Ainsi parlait Edmond Roudnistka, c’est effectivement tout l’art du parfumeur de trouver la construction optimale pour une performance de diffusion. L’ajout de fixateurs apparaît donc comme un mythe, ou du moins un secret bien gardé. . « Autrefois des ingrédients à basse volatilité comme les muscs nitrés ou des produits comme le gommes, les résines ou les matières d’origine animale pouvaient jouer ce rôle. Aujourd’hui la palette s’est agrandie. De toutes façons, tout ingrédient à basse volatilité ne joue pas seulement un rôle de « fixateur » dans les notes de fond mais intervient aussi en tête et en cœur dans l’équilibre du parfum et dans sa forme olfactive recherchée », précise Alain Alchenberger, pour qui « Faire un parfum, c’est maîtriser le temps et l’espace. Cela nécessite une parfaite connaissance des matières premières et de leur performance, tout un savoir-faire ».

  • Composer avec la réglementation

La réglementation peut avoir un impact sur la rémanence : « la disparition progressive du Lilial et du Lyral a une conséquence très négative sur la diffusion du parfum, explique Delphine Lebeau. Les consommateurs ont l’impression d’être trompés sur la qualité lorsque leur parfum sent moins. Il en va de même avec la mousse de chêne, mais cela pousse les sociétés de compositions à trouver des substituts, donc à innover ».

 

La rémanence a-t-elle atteint ses limites ?

Rémanence et substantivité, deux termes qui viennent du Home Care et que l’on entend aujourd’hui en parfumerie fine. Ce glissement de vocabulaire n’est-il pas symptomatique d’une parfumerie qui devient hygiéniste ? « N’oublions pas la définition du Règlement cosmétique, le parfum n’a pas d’autre fonction que de nettoyer, de protéger, de parfumer, de maintenir en bon état, de modifier l’aspect du corps ou d’en « corriger » l’odeur. Toutefois il ne faut pas oublier la notion de plaisir », rappelle Alain Joncheray. À quand le parfum revendiquant 72 heures de rémanence comme un déodorant ? De plus, « les taux d’exposition, voici un sujet dont examiné de près par le plan santé et sécurité du grenelle de l’environnement » souligne Alain Joncheray, comment vivre dans cette cacophonie olfactive si tout est parfumé ?

Une trop forte rémanence ne manque-t-elle pas de nuire au parfum, au risque de provoquer des rejets ? « Je ne pense pas, répond Amélie Genêt précisant que « la notion de rémanence est très liée à l’appréciation de la note : si un parfum plait, il n’est jamais trop fort. En revanche, si on est gêné par la puissance d’un parfum, c’est que l’on n’aime pas la note ».

« Ce qui fait la noblesse d’une chose, c’est son éternité », pensait Léonard de Vinci.

Nouvelles matières substantives, richesse du naturel, et connaissance technique de la formulation sont bien les secrets de la rémanence.

À l’heure où tout est connecté, ou le succès de Snapchat montre l’intérêt pour l’instantané, n’y a t-il plus de place pour le parfum fugace ? Lorsque les limites de la ténacité ont été poussées à l’extrême, et lorsque la qualité première d’un parfum se juge à sa tenue, sommes-nous pour autant plus satisfaits ? Et si nous revenions à apprécier la beauté de l’éphémère, ce qui vient après la rémanence d’un parfum : le silence, nécessaire à l’appréciation du parfum suivant ? et mieux encore, après le silence, le manque engendré ? Après tout, l’éternité n’est pas une fin en soi.

*Jean Paul Guerlain, Les routes de mes parfums, ed le cherche midi.

Chypres et orientaux : deux architectures en mouvement

Article écrit pour le N° 33 d’Expression Cosmétique

Nouvelles formes, nouveaux matériaux, nouvelles esthétiques… Et si les accords chyprés et orientaux étaient les marqueurs de notre époque ?

« Faire table rase du passé », voici ce que réalisait au quotidien François Coty, grand bâtisseur de structures parfumées et chef de file de ces deux familles avec L’Ambre Antique et le Chypre. Dompter de nouvelles matières, s’adapter à la réglementation, ou tout simplement bousculer la structure type… Ces deux architectures de parfum n’échappent pas à l’évolution de la parfumerie moderne.

Une structure type

Il était un temps où il était aisé de distinguer ces deux familles. La commission de parfumeurs créée par Jean Kerléo évaluait les créations, et les cataloguait en ambrés ou chypres selon la définition universelle de la Société Française des Parfumeurs. Seulement, les temps ont changé… « Avant les familles étaient davantage différenciées, aujourd’hui les parfumeurs croisent de plus en plus. Situer un parfum sur une généalogie est moins important que de mettre en avant les matières, explique Jacques Huclier, parfumeur senior Givaudan.  On est poussé à créer de nouveaux accords, à sortir des sentiers battus, on joue plus le jeu de la qualité des matières, leurs provenances, leurs textures, les clients aiment qu’on leur raconte l’histoire de la matière ».

La structure, Francis Kurkdjian, parfumeur senior chez Takasago, s’en est fait une interprétation plus libre. « Le parfum est comme un portrait, selon Picasso, ou Monet, vous n’aurez pas du tout le même rendu. Si on applique le raisonnement à la représentation d’un chypre, la définition la plus synthétique serait un accord floral sur un fond de bois (clairs s’il s’agit de vétiver, ou de santal ; plus sombres si c’est du patchouli ou de la mousse de chêne). Sur ce fond boisé, si j’ajoute des notes baumées, ou vanillées, je bascule sur un oriental ».

Il n’y a pas de structure sans forme : de la rondeur pour l’oriental, « la vanille apporte du confort, de la sensualité, c’est une matière que j’ai utilisée comme accessoire technique dans Gucci Guilty For Men », explique Jacques Huclier en collaboration avec P&G Prestige. Une architecture plus carrée pour le chypre : « qu’il soit utilisé en facette majeure ou mineure dans un parfum, l’accord chypre va amener de la verticalité, un racé qu’on dit sophistiqué », note Aurélien Guichard, parfumeur Firmenich. De la verticalité, mais aussi de l’abstraction : « un novice en parfumerie aurait du mal à distinguer les matières de cet accord, de la rose, du patchouli, l’ensemble crée une forme olfactive différente très particulière mais abstraite », précise Aurélien Guichard. C’est tout l’art de sélectionner ces matières qui, prises séparément, sont déjà complexes (bergamote, rose, jasmin, patchouli, mousse de chêne, labdanum) Il faut créer une note non-figurative où « chaque matière apporte sa pierre à l’édifice, chaque ingrédient doit avoir son rôle », explique Mylène Alran, parfumeur Robertet, et adepte des formules courtes comme son mentor Michel Almairac.

 

Des matériaux qui évoluent

Innovations technologiques, nouvelles matières premières, ou changement de modes, voici tout autant de raisons de voir ces accords évoluer.

  • L’avènement de nouveaux moyens technologiques

L’architecte Franck Gerhy a transformé complètement son style après avoir découvert le logiciel CATIA, développé par Dassault Système. Les formes carrées ont laissé place à des courbes sensuelles et fluides ; la technologie a littéralement modelé son style. Il en est de même avec la parfumerie : « de nouveaux procédés d’extraction : extractions CO2, et fractionnement ont chamboulé les accords historiques, confirme Mylène Alran. Nous réalisons maintenant des interventions sur les matières premières pour obtenir des cœurs plus précis, plus fidèles à certains aspects de la nature. Même une bergamote se décline en nombreuses versions : plus verte, un petit peu plus acétate de linalyle, « un peu plus light », ou adaptée à la législation, avec un taux plus faible en bergaptène ».

  • Les facettes qui incarnent la modernité

Revisiter l’accord historique, voici le challenge du créateur. Il faut sonner familier mais avec de nouvelles inflexions, comme un bâtisseur construirait son édifice sur des fondations antérieures. La structure reste là, mais il faut se mettre au goût du jour, vernir la tête, rénover les bois, rendre l’accord plus souple…

– Une pointe pétillante : La fraîcheur est de mise avec des accents verts ou amers pour donner plus de peps. « Quand vous associez la vanille avec la bergamote les gens vous disent qu’il y a un problème de modernité, remarque Aurélien Guichard, donc souvent on essaie de garder une clarté comparable à la bergamote mais en utilisant d’autres produits, soit des notes végétales (Liffarom, ou Cis 3 Hexenol) qui vont très bien avec la vanille, soit des notes poires, ou des notes anisées ». On flirte avec le fruit, comme le cassis, le corps pamplemousse « pour donner de la modernité et aussi pour rajeunir », complète Patricia de Nicolaï, parfumeur de la marque éponyme. « On sent aussi beaucoup de parfums, même féminins avec une touche de dihydromyrcénol pour donner un effet vaporeux », note Francis Kurkdjian.

– Un cercle de muscs : à l’origine des notes animales faisaient la sensualité de l’ambré et du chypre, aujourd’hui, ces notes ont cédé la place à des notes propres, rondes et douces : les muscs blancs. « La palette s’est considérablement élargie de la Civettone à la Muscenone®, en passant par l’Habanolide® et l’Helvetolide®, confirme François-Raphaël Balestra, parfumeur chez Firmenich. Notre société est considérée comme la maison des muscs et effectue encore de nombreux travaux dessus ». C’est d’ailleurs à cela que l’on reconnaît un chypre moderne. « Pour Narciso Rodriguez For Her, la magie était d’associer un chypre intemporel avec un voile de muscs », explique Aurélien Guichard qui a écrit la suite de l’histoire de la marque après Christine Nagel et Francis Kurkdjian.

-Le patchouli, clé de voûte des deux familles. Cet ingrédient remplace peu à peu la mousse de chêne, devenue indésirable par sa teneur en atranol et chloroatranol (allergènes). Il réunit de nombreux avantages : exotique, il évoque de lointaines destinations : Sulawesi, Bornéo…, des provenances revendiquées par les maisons de composition comme Givaudan au travers de son programme Ethical Sourcing. Il peut aussi apporter de la sophistication : « une touche de patchouli sur une note gourmande raffine la note », confie Violaine Collas, parfumeur senior chez Mane. Enfin, il peut être porteur de messages sensuels, voire sulfureux. C’est cette ambivalence, que Pierre Flores, parfumeur chez Technicoflor, apprécie particulièrement, « entre vulgarité et sophistication, cette matière peut être très charnelle, voire hippie ou très élégante, tout est une question de dosage. » Pour faire face aux parfums qui « cocottent », on travaille des pistes plus épurées, débarrassées de leurs notes terreuses, tout comme la nouvelle spécialité Firmenich : le Clearwood™, « ingrédient naturel, issu de la biotechnologie blanche, utilisant une source renouvelable : le sucre de canne, explique François-Raphaël Balestra, qui donne une note boisée de patchouli, plus transparente et moderne, contenant 30% de patchoulol (comme le patchouli), une excellente façon de revisiter le chypre ».

-Des contreforts boisés ambrés. Pour consolider le fond d’un accord chypre ou oriental, ces bois dits transparents, ambrés ou stridents, signent moins que le patchouli. Pierre Flores les qualifie de « matières techniques qui apportent de la substantivité » : Karanal, Norlimbanol, Z11, Ambrocénide®  la liste s’allonge ; « certaines personnes sont même anosmiques à ces bois, note Mylène Alran. Leur force permet de traverser toute la pyramide, ils agissent en tête, en cœur et en fond, ce qui amène une grande vibration au parfum », précise François-Raphael Balestra. Violaine Collas aime utiliser l’Ambramone™, captif Mane, très ambré, presque animal, le Lorenox™, boisé ambré plus vibrant avec des facettes vétiver ou le cashméran qui amène des inflexions de pin. Devant le succès de ces notes, notamment depuis One Million de Paco Rabanne, de nombreuses maisons de compositions investissent sur ces bois.

– Le Oud en fondation. Chypre et orientaux sont les deux familles de prédilection de la vague oud. Une matière qui orientalise voire « moyen-orientalise » toute création « et qui donne un effet chypre tout en contournant le problème de législation de la mousse de chêne », conclut Patricia Nicolaï qui l’a introduit dans Rose Oud. « D’une matière naturelle utilisée en facette, on en a créé une base fantaisie (accord de safran, castoreum, cypriol costus, civette, patchouli) ; cette note Oud peut très bien se transformer en famille, imagine Francis Kurkdjian, tout comme l’évolution de l’ambre gris, s’est illustré en base ambre : la mythique Ambre 83 de De Laire ou l’Ambre Samuelson, avant de devenir la famille ambrée ».

-Béton gourmand : un adjectif absent de la classification de la SFP, mais qui envahit pourtant le paysage de ces deux architectures, même dans les briefs, « cette facette est clairement verbalisée depuis le succès de La Vie est Belle et de la Petite Robe Noire de Guerlain », précise Clarisse Aparici, parfumeur chez Cosmo Fragrance International. Elle rivalise en sillage avec les bois ambrés. Pierre Flores l’imagine en « un bouclier olfactif, une façon d’emporter avec soi les éléments rassurants de son chez soi pour se protéger». « C’est aussi une façon de traduire « l’addiction », voire l’appétence, très demandés dans les briefs », note Violaine Collas. De nombreux travaux ont été réalisés sur la vanille pour la rendre plus gourmande, nous avons à notre disposition de nouvelles matières intéressantes comme les alcools (rhum, brandy) et le Mokawood™ (N.D.L.R. aux accents de café, coumariné, lacté) ». Le café semble effectivement une voie intéressante pour faire le pont entre les bois et les notes gourmandes, comme le Café Arabica de Bontoux : « des facettes à la fois douces chocolatées, vanillées, caramel, le tout enrobé par une note naturelle noisette grillée et puissante, caractéristique du café fraichement torréfié », explique Claire Delbecque, responsable marketing et communication. Et bien sûr l’éthyl-maltol, « qui est à l’oriental actuel ce que l’éthylvanilline était à Shalimar, explique Francis Kurkdjian, c’est surtout une question de dosage : le public s’est habitué depuis Angel à sentir cette matière en overdose, on peut donc en mettre de plus en plus ».

 

Et demain ?

La structure reste, les facettes changent.

Pour le chypre, la transparence semble actée : un accord plus frais, plus international aussi, tout en muscs blancs… « C’est sur la tête et le cœur qu’on peut se donner plus de liberté, car c’est un accord déjà très fond », estime Pierre Flores. Clarisse Aparici, s’attèle à ne pas tomber dans « le piège de l’accord rose-patchouli trop daté ». Le challenge est de se renouveler tout en gardant l’esprit du chypre pour garder la fidélité des clientes : « une femme qui met un chypre changera rarement de famille olfactive », note Patricia de Nicolaï.

Pour l’oriental, « la difficulté technique majeure est de ne pas le faire un trop étouffer », estime Patricia de Nicolaï qui s’apprête à sortir un nouvel Ambre pour la rentrée. Côté création, Pierre Flores imagine un oriental poussé à l’Extrême-Orient. « Dans les années 70, on ne connaissait pas si bien l’Orient qu’aujourd’hui, on le fantasmait plus qu’autre chose ; aujourd’hui on pourrait revisiter l’accord avec d’autres produits issus de l’Asie et de sa cuisine, une variation plus fraîche, plus gustative avec du gingembre, de la citronnelle, de la feuille de mandarine, voire des notes de riz ». Une gourmandise fraîche et salée en somme, « il reste de nombreux territoires à explorer sur le plan culinaire », confirme Violaine Collas, dont la société a déjà exploité la note caviar et travaille sur d’autres notes surprenantes parmi les Jungle Essence™.

Ainsi, ces deux accords vont continuer d’évoluer selon les matériaux, la technique et les modes. L’architecture est, dit-on, ce qui fait les beaux vestiges ; ces familles ressembleront bientôt à la ville de Split, un ensemble hétéroclite d’époques différentes imbriquées les unes dans les autres, témoins durables de temps oubliés.

Encapsulation : cap sur la rémanence !

Article écrit pour le N° 31 d’Expression Cosmétique

Dans la lessive, les encarts presse, sous la douche… Depuis 10 ans, les technologies de libération de parfums ont envahi les détergents et l’hygiène-beauté. Devenues clés à chaque étape de l’expérience produit, ces technologies peuvent-elles changer aussi notre façon de nous parfumer ?

10…9…8… On élabore la formule. 7…6… On piège le concentré…5…4…3, on change quelques paramètres (pH, humidité, friction). 2…1…0 Décollage ! Le parfum se libère !

Pendant que Rosetta part sentir les âcres vapeurs sulfurées des comètes, les chercheurs des sociétés de composition mettent au point les procédés pour libérer le parfum à un moment bien précis. Micro-encapsulation, réactions chimiques, design de formule, à chaque besoin sa technologie.

Impact et durée de vie

Prolonger la rémanence, en heures, en jours et maintenant en semaines, telle est l’obsession de ces chercheurs. Pourquoi ? Parce que le parfum est le premier facteur d’achat et de ré-achat d’un produit. Aujourd’hui, peu de flacons de lessive sont achetés sans que la ménagère n’ait mis son nez dessus. Le parfum est là pour supporter les bénéfices majeurs du produit, c’est lui qui suscite les réactions dites « ++ » du produit, avant même les commentaires sur la performance de la lessive. « C’est la fierté de la maman qui amène ses enfants à l’école, embaumant la lessive et le shampoing. C’est la voisine vietnamienne qui cherche à se distinguer dans le quartier par son linge fraichement parfumé », raconte Valéry Claude, vice-président Création et Développement appliqué IFF qui a assisté à de nombreux panels consommateurs à travers le monde. Le parfum est toujours un vecteur d’émotions très fortes ». Il s’agit d’une vraie demande de leur part. « Quand on dit que c’est « frais », cela veut dire qu’on l’aime, confirme Thierry Audibert, directeur de la recherche Givaudan. La rémanence est une demande classique, ce n’est jamais assez ».

« Planet Earth is Blue »

La planète Terre est bleue, et il y a bien des choses que nous pouvons faire pour la préserver. Nous sommes entrés dans une logique environnementale, les hypermarchés font pression sur les marques pour qu’elles respectent des cahiers des charges très contraignants : « Walmart pousse par exemple les fournisseurs à faire réduire les émissions de CO2, les industriels cherchent donc des solutions pour utiliser moins d’eau chaude », explique Valéry Claude. Changement de mentalités, mais aussi changement de style de vie : « les consommateurs ont également de moins en moins de place pour stocker leurs produits, la cuisine n’est jamais très loin de là où on stocke les vêtements, donc va vers des produits plus concentrés et qui doivent plus couvrir les odeurs de nourriture », complète Thierry Audibert.

 

La libération du parfum, science ou savoir-faire ?

1 jour, 48h, 72h, 2 semaines, 8 à 10 semaines, les techniques de libérations du parfum varient en fonction de la durée de rémanence souhaitée.

  • La micro-encapsulation

La micro-encapsulation est une technique permettant d’emprisonner des liquides ou des solides dans une enveloppe (membrane) qui les isole dans le but de les protéger de l’environnement extérieur ou de maîtriser leur libération dans un espace et un moment choisi. À l’origine, le papier carbone ! Cette première application permettait de piéger l’encre dans une membrane pour reproduire un document. Puis les applications se sont diversifiées : « dans l’alimentaire, la micro-encapsulation permet de masquer un goût désagréable, de protéger certaines molécules, ou de libérer des arômes à une étape de cuisson, explique Yves Duccini, responsable du Développement pour l’activité Santé de Seppic, filiale d’Air Liquide Santé ; dans la pharmacologie, elle permet de retarder l’effet d’actifs ».

Mane Macro caps 1 @ Patrick HANEZ

« Il existe quatre différents types de micro-encapsulation », compte Jean-Michel Hannetel, directeur du laboratoire de développement technologique chez Mane.

  • Membranaire : C’est la plus utilisée : une goutte de parfum est entourée d’une membrane. Les plus petites sont utilisées sur des cosmétotextiles, ou en impression ; plus grandes, elles parfument les lessives et les assouplissants. « Les plus grosses sont réservées aux gels douche ou cosmétiques car elles apportent un intérêt esthétique visuel, explique Jean-Michel Hannetel, ou amène une gestuelle particulière : durant un massage, la capsule se casse et libère le parfum. La friction permet donc de casser la membrane à un instant T ».
  • Matricielle : Une sphère matricielle (polymère, amidons, gommes naturelles etc…) emprisonne une goutte de concentré. Lorsque la sphère se dissout, le parfum se libère.
  • Moléculaire : On utilise les propriétés des molécules cycliques (les cyclodextrines par exemple) ou molécules-cages, appelée ainsi en raison de leur forme « avec trou ». Rendues célèbres grâce à Fébreze, elles emprisonnent les molécules odorantes (ou malodorantes) et libèrent un parfum.
  • Mixte : Différentes techniques sont combinées.
  • L’utilisation de précurseurs

« C’est une réaction qui existe dans la nature et que l’homme a imité, explique Thierry Audibert. On provoque une réaction chimique qui crée une liaison covalente entre deux molécules (l’une odorante, l’autre appelée précurseur). La molécule « précurseur » ne sent rien, c’est une réserve, une potentialité olfactive. Cette liaison est relativement susceptible à certains changements (pH, température etc..). Lorsque la liaison se casse, la molécule odorante est libérée et sent. Les bases de Schiff sont un exemple de ce type de réactions, très utiles dans les lessives car on ne trouvait pas de molécules qui restent 7 semaines sur les vêtements ». « Cette technique appelée Pro Fragrance chez IFF nécessite une bonne connaissance des cycles de lavages et d’autres paramètres différents selon les pays », précise Valéry Claude.

L’utilisation d’un précurseur dans une lessive est souvent associée à un parfum « libre », c’est-à-dire incorporé directement à la formule, pour donner plus de richesse à la note. C’est alors tout l’art du parfumeur d’équilibrer les deux parfums aux temps différents de libération.

Le « Fragrance Design »

Comment choisir la technique ? « D’une attente hédonique, on traduit à rebours un cahier des charges technique », explique Jean Michel Hannetel. En fonction du positionnement du produit, du claim marketing, on choisit la technique de formulation. Mais aux technologies de libération de parfum, il faut aussi associer l’optimisation de la formule, c’est-à-dire l’art, le savoir-faire de combiner des molécules à rémanences différentes. « On optimise beaucoup le cahier des charges pour permettre au parfumeur de réduire les nombres d’essais », confirme Valéry Claude. « Pour maintenir la rémanence sur une journée, l’option capsules est challengée par le design du parfum », complète Thierry Audibert, « une petite pointe de patchouli donne de la rémanence à l’Hédione®. On travaille avec des molécules de perceptions très basses, comme le Javanol®, ou certains aldéhydes ». Les parfumeurs ont ainsi accès chez Givaudan à une table d’olfactométrie qui permet de répertorier ces molécules à fort potentiel de diffusion.

Innovation et optimisation

  • La lessive et les assouplissants sont bien sûr les plus gros consommateurs de microcapsules. « La capsule a été une révolution, nous en sommes aujourd’hui à une phase d’optimisation, explique Thierry Audibert, il reste encore du travail sur la qualité du parfum, la qualité du relargage, le coût global… ». La réglementation peut aussi pousser l’innovation : en 2013, Symrise lance ses SymCap® des microcapsules qui fonctionnent par friction, une innovation dans la paroi de la capsule contenant 35% de parfum, un travail fait pour éliminer les formaldéhydes.
  • Côté déodorant, on veut « sentir » quand le produit fonctionne : Symrise a ainsi développé les InCap®, une poudre d’amidon contenant 70% de parfum. « Quand l’humidité arrive, le parfum se libère pour 6 à 8 heures de performance », explique Patrice Bellon, vice-président Innovation Scent & Care Symrise. Bell a présenté également en 2013 ses MikroBurst, des micro-encapsulations destinées à améliorer les performances des parfums ou actifs dans les applications déodorantes. De petites particules de 1 à 50 microns, libèrent le parfum au cours du temps,  sous l’action de la chaleur ou des variations de températures.
  • Autre application qui explose, la communication : scratch and sniff, papiers, vernis, textiles, plastiques parfumés… On entre ici dans le monde de l’infiniment petit : les capsules mesurent entre 1 et 4 microns. Croisement entre le monde de l’impression et de la parfumerie, le secteur impose les exigences de ces deux métiers : « bon rendu olfactif, durabilité dans le temps mais aussi, un beau rendu de couleurs, un beau tendu, c’est-à-dire que cela ne bulle pas, que ça ne mouille pas, ce qui nécessite une bonne viscosité de slurry (microcapsules en suspension) », explique Franck Gaudin, responsable R&D Euracli. L’aspect olfactif est tout de même considéré en premier. La fidélité de la note est capitale mais beaucoup plus technique en parfumerie fine : une note plus complexe, un concentré plus coûteux, des molécules plus fragiles que celle des lessives, coutumières des milieux agressifs, et l’enjeu est de taille : séduire dès le premier contact avec le parfum.

Fidélité mais aussi puissance, « les clients vont vers une « communication d’impact », explique Philippe Ughetto, président Arcade Europe, on cherche à avoir une réaction immédiate du consommateur : le parfum doit venir au consommateur avant qu’il ne le décide ». C’est pourquoi Arcade propose une autre technique : l’imprégnation, savoir-faire acquis avec le rachat de Carestia en juillet 2013. Cette technique cumule de nombreux avantages : une forte puissance, pas de cahier des charges contraignant, et la possibilité de faire de petites séries. « C’est vrai que la puissance est le maitre mot, certains clients déchirent les pages des magazines pour les mettre dans leur tiroir, raconte Franck Gaudin, il faut que cela tienne un an !  Mais je pense qu’on devrait revenir à des choses plus subtiles, tant de puissance, cela peut être dérangeant ». Il s’agit d’un secteur où la nouveauté est un enjeu permanent : « les marques demandent chaque année un nouveau geste, une nouvelle façon de faire sentir les parfums, des produits 360 degrés : un encart presse qui puisse servir sur le point de vente et en marketing direct », note Philippe Ughetto. L’innovation est donc un moteur pour proposer aux marques de nouveaux produits.

La parfumerie fine en reste ?

Lessive, déodorants, communication et la Fine Fragrance ? Pourquoi les nouvelles technologies n’ont-elles pas encore investi ce secteur ? Ou si technologie il y a, elle n’est pas revendiquée sur le produit. « En lessive, c’est normal, ce n’est pas le parfum qu’on achète mais le bénéfice, dans les déodorants, où le parfum rentre dans la stratégie de protection contre les mauvaises odeurs, on peut parfois le lire sur les étiquettes, note Thierry Audibert. Mais il existe peu d’exemple en parfumerie fine, « assez conservatrice », remarque Jean Michel Hannetel, qui fait le rapprochement avec les limites de la cuisine moléculaire dans la perception de la gastronomie, « Technologie et rêve ne font pas toujours bon ménage ». Il est vrai, que penserait le consommateur du Lacoste L1212 Noir, s’il savait qu’il contient des cyclodextrines, la vie serait-elle toujours un « beautiful sport ? »

« Il n’existe pas de demande consommateur pour que le parfum dure plus de 72 heures sur la peau ou les vêtements », explique aussi Thierry Audibert, le challenge n’est pas le même qu’en lessive. Enfin, l’alcool reste très important dans la perception des accords et sa gestuelle : il permet de sentir toutes les nuances d’une note. « Le vrai challenge serait d’arriver à réaliser des capsules qui résistent à l’alcool », conclut Yves Duccini.

« Remplacer l’alcool par de l’eau est une piste, mais il s’agit d’une gestuelle différente, explique Patrice Bellon, dont la société vient de présenter la technologie Microscent : on émulsionne du parfum dans de l’eau. Avec 5 à 7%, fonctionne pour la peau comme pour l’ambiance, le linge, les brumes d’oreillers. L’eau se révèle être un bon véhicule ; l’impact est moindre, mais la rémanence est meilleure. Il faut trouver la bonne adéquation entre transparence, bon toucher et bonne rémanence ».

Conserver la notion de pyramide olfactive et éviter l’effet « sphère » de l’eau (qui ne véhicule pas aussi bien que l’alcool les nuances), est aussi une recherche qu’effectue Capsum en partenariat avec Givaudan : c’est tout l’enjeu du projet Néo Bulles, dont l’objectif est de trouver une nouvelle gestuelle entre le soin et le parfum. « Il était techniquement difficile de réaliser un produit transparent et dont le toucher était agréable. Nous avons donc changé nos critères pour aller vers un produit « visuellement attractif », se remémore Sébastien Bardon, Pdg de Capsum. La maîtrise de la microfluidique, (science qui manipule des fluides à échelle micrométrique) permet de solubiliser des molécules de parfum avec des gouttes visibles et luxueuses. Un produit qui tombe à pic au moment où les marques se remettent en cause et cherchent de nouvelles façons de redynamiser l’intérêt de populations pour le parfum, notamment les jeunes.

 

Perspectives

Les technologies de libération sont présentes dans toutes les catégories où le parfum apporte une valeur hédonique : lessives, assouplissants, gels douche… Mais en parfumerie fine, l’innovation passe davantage par le savoir faire que la technologie. Peut-on espérer voir naître des produits alternatifs ? Oui, s’ils ne remplacent pas la parfumerie alcoolique traditionnelle. Mane se penche sur le concept de « parfums à la demande » : « on arrive à faire le ON (par une libération maîtrisée), mais le OFF (à savoir l’extinction contrôlée d’un parfum), est toujours plus délicat à réaliser », note Jean Michel Hannetel. « Pourquoi ne pas imaginer un objet parfumé à « porter » et non à sprayer, s’interroge Patrice Bellon chez Symrise, un parfumage de cintre ou à mettre sur soi : bracelet, bijou en céramique, patch… Il y a aurait certes toute une éducation, une habitude à changer ».

À l’heure où les ventes de parfums sont en berne, de nouvelles technologies permettraient –elles de dynamiser la Fine Fragrance ? Rosetta a montré que science et rêve peuvent encore nous émouvoir, voici de belles inspirations pour la parfumerie fine…

CO2 supercritique : épopée d’une innovation

Article écrit pour le N° 30 d’Expression Cosmétique

Peut-on encore parler d’innovation pour une technologie qui a fêté ses 50 ans en 2013 ? Après des débuts laborieux en parfumerie, l’extraction C02 supercritique continue de séduire marques et parfumeurs. Une qualité olfactive hors pair, des bénéfices écologiques, pourquoi cette technologie a-t-elle mis tant de temps à s’installer ?

Des débuts difficiles

1963 : Kurt Zosel de l’Institut Max Planck en Allemagne dépose le premier brevet pour l’utilisation de l’extraction au fluide supercritique dans la décaféination des graines de café. Suivent ensuite d’autres applications pour la décaféination du thé et de l’extraction de substances amères de houblon (1979). « Dr Gérard et Dr. Quirin faisaient déjà des recherches sur des extraits botaniques au CO2 à l’Université de la Sarre dans les années 1980 et ont par la suite fondé Flavex en spin-off avec l’Université », raconte Dr Peter May, directeur marketing Flavex.

« Pendant longtemps, la technique est restée inaccessible aux parfumeurs pour des raisons de solubilité, explique Xavier Brochet, directeur innovation, Ingredients Naturels Firmenich, les extraits CO2 n’étaient pas faciles à utiliser en raison de leurs trop bons rendements : graisse, acides gras, pigment, le CO2 peut tout extraire ! »

La parfumerie a donc dû attendre quelques faits majeurs pour s’y intéresser. Dans les années 80, s’est posé le problème du benzène, banni des procédés d’extraction et remplacé par l’hexane, au rendu olfactif contesté à l’époque. Les parfumeurs, au début réticents à utiliser les extraits CO2 et à refaire leur palette, l’ont alors considéré différemment.

En parallèle, de nombreux travaux ont été réalisés sur les actifs, la bonne sélectivité du CO2 a intéressé les laboratoires pharmaceutiques comme Pfizer. De fil en aiguille, de rachat en fusion, des technologies sont passées de la chimie au parfum : Camilli Albert Laloue, CAL – Chauvet, Danisco puis Firmenich. En 1993-1994, cette dernière travaille le réajustement des paramètres d’extraction pour obtenir un produit soluble dans l’alcool tandis qu’Alberto Morillas et Jacques Cavallier affinent le profil de la baie rose. Le lancement de Pleasures d’Estée Lauder est un succès commercial, l’extrait CO2 est lancé.

Un procédé, différents modes opératoires

« Lorsqu’il est porté à une température de 31°C et 73,8 bars [pression sous-marine à 700 mètres de profondeur], le CO2 atteint un état entre gaz et liquide appelé supercritique et devient un solvant apolaire », explique M Zucca, directeur du Département biotechnologies chez Mane. Pour sélectionner les effets désirés par le parfumeur, on peut alors faire varier l’un ou plusieurs des paramètres suivants : température, pression, durée d’extraction, granulométrie (taille des particules), ajout de poudre (silices, cellulose), ou d’un co-solvant. Une variable changée et c’est autant de versions d’extraits de créées. « L’extraction CO2 classique se fait sur une biomasse sèche, c’est-à-dire à partir de matières premières en teneur en eau faible (graines, bois, baies, gommes) », complète Frédérique Rémy, directrice générale Floral Concept. Plusieurs variantes de ce procédé sont donc possibles.

  • Si la matière n’est pas assez sèche, (par exemple, la vanille contient de l’huile), « elle peut être cryobroyée, précise Xavier Brochet, c’est-à-dire pulvérisée en la broyant à froid sous azote liquide, à – 196°C avant de l’extraire au CO».
  • Lorsque la matière est liquide : « on opère une extraction CO2 plus technique et plus délicate », explique Sophie Lavoine, Directrice R&D Charabot : il s’agit d’injecter un fluide sur un liquide. « C’est ce que nous avons fait lorsqu’il a fallu remplacer le chlorure de méthylène », se souvient Xavier Brochet,  notamment pour le rhum et le calvados ».
  • Lorsque le CO2, solvant apolaire ne capte pas toutes les molécules voulues, « on peut ajouter un co-solvant. L’ajout d’éthanol (solvant peu sélectif et polaire) durant l’extraction au CO2, va changer le profil extrait en modifiant la polarité donc sa sélectivité », explique M. Zucca. Une innovation récente chez Flavex : l’extraction de l’éthanol à haute pression (HPE) pour obtenir des substances actives polaires à semi-polaires à partir de matières végétales. Cette technique offre un complément à l’extraction CO2
  • Lorsque la matière est gorgée d’eau : les fleurs, les fruits gorgés d’eau ne pouvaient s’extraire au CO2 directement. En effet, « l’eau en présence du CO2, forme de l’acide carbonique et dégrade la biomasse », explique Xavier Brochet. « De plus, il faudrait implanter des sites d’extraction CO2 au plus près des récoltes pour pouvoir obtenir les principes odorants de la fleur fraîche. Cela nécessiterait des cuves de très grande capacité et qui doivent être remplies en un temps record », complète Bernard Toulemonde, directeur général IFF-LMR Naturals. Pour pallier ces difficultés, certaines sociétés opèrent une extraction CO2 à partir de concrète. On obtient alors un extrait plus fin que l’absolu : le lavage à l’extrait CO2 fait perdre moins de composants volatils qu’un lavage à l’alcool. Il faut cependant savoir que ce produit peut conserver des traces d’hexane et ne peut donc pas être éligible Ecocert bio ou 100% naturel comme peut l’être l’extrait CO2.

« L’utilisation du CO2 est également très utile pour purifier ou fractionner des produits issus d’autres méthodes d’extraction, explique Dr May de chez Flavex. Le système breveté de lavage à contre-courant au CO2 liquide permet une meilleure récupération des composants les plus volatils de l’huile essentielle. C’est un grand avantage pour une utilisation dans les applications de parfum car ces huiles essentielles lavées au CO2 sont plus riches en notes de tête ».

Depuis 2008, à la demande d’un client, Charabot s’est penché sur ce verrou technologique : comment faire une extraction CO2 de Jasmin Ecocert ? (donc sans passer par la concrète). Le procédé breveté en 2013 consiste à faire une infusion à froid de fleurs dans l’alcool ; « un principe simple, traditionnel et pratique, explique Sophie Lavoine : il y a des distilleries partout dans le monde ! L’alcool permet de conserver tous les principes odorants de la fleur, le temps de rapatrier le mélange par bateau avant de l’extraire au CO2 ». Jasmin Grandiflorum Inde, Jasmin Sambac et Fleur d’Oranger Tunisie font ainsi leur première récolte en extraits CO2. L’occasion de sentir « un jasmin moins indolé, plus sucré, mielé incroyablement fidèle à ce qu’on sent dans les champs ».

Flavex maschine 

Des avantages indéniables pour l’industrie

  • L’extraction super star du rendu olfactif

La profession s’accorde à dire que ce procédé ne remplace pas les autres techniques mais complète fabuleusement la palette du parfumeur par sa pureté et la fidélité de la note.

  • De l’impact en tête : Fabrice Pellegrin, parfumeur Firmenich, apprécie particulièrement le mordant des notes épicées qu’il trouve « moins grasses, plus aérées et plus tranchantes ». Des qualités olfactives qu’apprécient les marques de niche mais aussi de plus en plus les marques sélectives. « On sent un retour à la belle parfumerie et aux matières naturelles, le CO2 trouve donc bien sa place », s’enthousiasme le parfumeur.
  • Une puissance incomparable : Laure Jacquet, parfumeur matières premières naturelles Charabot, aime donner du corps à un accord cuir, oud ou fleuri, avec le rhum, ou le café extraits au C02. La vanille C02 absolu, riche en vanilline donnera elle un effet pâtisserie très gourmand.
  • Des parfums signés: procurer le fameux « Wahou effect » espère Serge Majoullier, parfumeur Mane, tout en conservant un air familier, un souvenir du quotidien ou une note qui fait voyager, bref « du plaisir en concentré », résume-t-il. Chez Mane, la note inédite, originale est la meilleure arme pour gagner des briefs. (2/3 des extraits CO2 sont captifs). Chez Firmenich, nombre de formules sont signées aux extraits au CO2, une des marques de fabrique de la maison. Impossible donc de se séparer de cet outil qui s’ajoute sans remplacer les autres techniques. « Pour bien comprendre cette complémentarité, explique Xavier Brochet, je compare souvent ces méthodes à des techniques picturales : la distillation moléculaire ressemblerait à la lithographie, on fait se superposer différentes couches de couleur, si on enlève une, il y aura une surexposition d’une autre. Le fractionnement s’apparente au cubisme : on tronçonne le bloc, on grossit un trait, comme Picasso le ferait. L’extraction CO2 correspond à de l’hyperréalisme, ou une photo 3D, on façonne la matière avec une précision chirurgicale ».

Une différence réellement perçue ? Oui, mais à quel prix nuance Thierry Duclos, responsable Huiles Essentielles Quimdis. « C’est effectivement très intéressant dans le cas de la baie rose, mais toutes les matières ne justifient pas leur utilisation » Un compromis qui se voit dans les ventes chez Quimdis, « la baie rose se vend en tonnes, le gingembre en centaine de kilos, les autres en dizaine de kilos ».

  • Un solvant super-propre ?

Le CO2 est un gaz naturel, inépuisable, non toxique, non inflammable, largement disponible à de très hauts degrés de pureté (jusqu’à 99,9 %) et à des coûts modérés (de l’ordre de 1 €/kg). L’extrait CO2 est de ce fait éligible Ecocert, 100% naturel ou bio, (à partir du moment où la biomasse l’est) et conserve les propriétés organoleptiques et thérapeutiques du produit original, même s’il n’y a pas vraiment de marché bio pour l’aromathérapie étant donné son prix.

 

Le supercritique critiqué ?

« On parle de procédé vert mais l’extraction CO2 est tout de même très consommatrice d’énergie, nuance Bernard Toulemonde. La conception, la mise en marche des machines à très haute pression, la technique de cryobroyage à l’azote liquide utilisent beaucoup de carburant fossile. C’est le cycle de vie complet du produit qu’il faut analyser ».

Mane conteste ce point de vue : « nous avons comparé trois techniques d’extractions appliquées aux rhizomes d’iris : l’hydro-distillation, l’extraction par solvant et l’extraction par fluide supercritique (CO2), explique M Zucca. La note de Chimie Verte (selon le référentiel Green Motion™ qui attribue la note la plus élevée à la technologie la plus verte) attribuée à l’extraction au CO2 supercritique s’est révélée supérieure (66) à celle attribuée à l’hydro-distillation (57) et à celle attribuée à l’extraction par solvant (55) ». Bilan carbone ? Consommation d’énergie ? Sécurité des employés ? Quels sont les paramètres à prendre en compte ? L’association France Eco Extraction (émanation des pôles de compétitivité Pôle Pass, PFEIL, et Trimatec) a créé un groupe de travail appelé France Eco Extraction pour promouvoir des procédés innovants et propres d’extraction des ingrédients issus du végétal. « Ce groupe réfléchit à un référentiel commun et définit le guide des bonnes pratiques de l’éco-extraction », explique Laurence Touchard Nicod, chargée de mission Pôle Pass.

Le revers de l’innovation

« L’innovation est la capacité à convertir des idées en facture », pensait le sénateur américain Duncan. C’est on ne peut plus vrai pour ce procédé qui propose des prix parfois deux fois supérieurs à une essence, réservant l’utilisation à la parfumerie fine ou l’alimentaire. Il faut en effet couvrir l’investissement de l’équipement, des machines qui passent l’épreuve de 500 bars. D’autre part, c’est une technique si fine qu’elle ne tolère aucune pollution, le lavage est très important. Enfin, elle est si précise que la matière doit être extrêmement bien sourcée pour éviter l’effet de loupe sur un défaut. « Nous choisissons des cannelles calibrées à 16 cm minimum pour éviter les fragments et les impuretés », explique-t-on chez Firmenich. Mêmes précautions pour le conditionnement : la toile de jute permet à la matière de respirer et évite les fermentations pendant le transport. La réplicabilité du procédé est une préoccupation constante, lorsque Mane travaille sur une note pain d’épice, il faut effectivement s’assurer que la recette ne changera pas. « Si c’est une matière naturelle, il faut que les filières suivent malgré les aléas climatiques, ou politiques », précise Serge Majoullier.

Côté réglementaire, s’il on veut que le produit soit labelisé, il se pose très vite le souci d’étiquetage : lorsque l’on source une matière première d’une provenance originale, « les normes ne sont pas les mêmes d’un pays à l’autre », confirme Emmanuel Baraud au Service Affaires Réglementaires chez Diffusions Aromatiques. « Il est vrai que la réglementation peut constituer un vrai frein à l’innovation », déplore Thierry Duclos,  Reach ne facilite pas la recherche sur de nouvelles matières car les petits produits n’ont pas toujours les volumes pour se faire enregistrer ».

« Aimons les nouveautés en novateurs prudents »

Des produits trop différents peuvent provoquer le rejet : « il faut savoir trouver la matière nouvelle mais familière qu’un parfumeur peut facilement apprivoiser », explique Bernard Toulemonde dont la société prospecte à travers le monde : en Asie, Afrique de l’ouest, du Sud, Madagascar, et Amazonie. Le plus simple est plutôt de revisiter les matières connues avec de nouvelles facettes. Peut-être faut-il faire preuve de pédagogie ? « la parfumerie n’est pas une start-up, analyse Sophie Lavoine, il faut convaincre, éduquer, pour faire évoluer cette industrie où le savoir-faire est tellement présent qu’il peut parfois freiner l’innovation ». Effectivement, pour les parfumeurs « c’est toute une nouvelle palette olfactive qu’il faut s’approprier », explique Laure Jacquet. Pour les présenter aux clients, il faut les faire sentir dans de bonnes conditions, de façon à capter toutes les nuances du naturel (Cf. Encadré page XX).

Une terminologie à préciser

Extraction CO2 supercritique, un nom qui fait peur pour parler du naturel. Chacun s’organise pour renommer ce procédé avec des noms plus ou moins poétiques. Mais il se pose la question de la transparence : comment savoir s’il s’agit d’un extrait à partir de la plante ou de la concrète ? « Le nom ne permet pas de le savoir, se désole Sophie Lavoine. L’Afnor devrait se pencher sur la question ». Et Michel Perrut, Pdg de Separex, de préciser : « Autre difficulté : on ne peut pas « typer » l’extrait comme on caractérise une huile essentielle avec une provenance, une variété ». Le mode opératoire, très secret dépend de chaque société.

 

Conclusion      

« Et pendant que notre planète continuait ses cycles réguliers (…) une infinité de formes les plus belles et les plus merveilleuses ont évolué, et continuent d’évoluer », écrivait Darwin, dans l’Origine des espèces.

Si l’innovation en parfumerie nécessite du temps, elle est tout de même poussée par la quête du meilleur rendu olfactif et la réflexion environnementale. L’extraction CO2 a fait ses preuves sur ces deux critères mais n’a pas encore résolu la contrainte de son prix. D’autres innovations suivent cette tendance : des solvants verts (limonène, huile de tournesol, de coco, sésame) ou de nouveaux procédés comme l’extraction par ultrasons, ou par micro-ondes. D’autres sociétés travaillent plus en amont encore, comme IFF-LMR qui privilégie, de son côté, le travail sur la compréhension du métabolisme du végétal pour identifier les gènes responsables et sélectionner en amont les meilleurs profils.

Explorateurs, parfumeurs poètes, et chercheurs des temps modernes n’ont donc pas fini de nous émerveiller en délivrant les formes les plus belles et les plus merveilleuses de la nature.

 

Extraits CO2 : la kakophonie des appellations

Extrait CO2: produit obtenu à partir d’une extraction au CO2 supercritique soit à partir d’une biomasse soit à partir d’une concrète.

Exemple : l’Extrait Vanille CO2 Absolu correspondant à une extraction au CO2 à partir de la gousse de vanille, passée à un lavage alcoolique (principe de délipidation pour le rendre soluble à l’alcool) mais n’est pas faite à partir d’une extraction à l’hexane.

Le Néroli Feuille CO2 est une extraction CO2 à partir d’une concrète.

Soft Act : nom commercial des extractions CO2 de Firmenich (aussi appelé SFE Supercritical Fluid Extraction ).

Pure Jungle Essence™: spécialité Mane formulée à partir d’extraction CO2 sans autre co-solvant.

Neo Jungle Essence™ : spécialité Mane formulée à partir d’extraction C02 avec un autre co-solvant.

Gamme Pétales : spécialité Charabot, assemblage d’extraction CO2, d’absolu et d’huiles essentielles, une base 100% naturelle.

 

Repères chronologiques

1822 : Le baron Charles Cagniard de Latour découvre un état de fluide particulier : entre liquide et gaz.

1870-1876 : Andrews le nomme « état critique » et identifie le point critique du CO2.

1880 : Hannay et Hogarth font les premières études de solubilité de divers composés.

1939 : Brevet de Horvath sur le traitement des jus de fruits.

1963 : Brevet de décaféination par Kurt Zosel.

1985 : Création du Club des Fluides Supercritiques.

1986 : Installation des lignes d’extraction CO2 de Flavex à Rehlingen en Allemagne.

1989 : Installation de la 1ère unité de production d’extraction CO2 à Grasse-Cal-Pfizer (Applications arômes).

1993-1994 : 1ers travaux sur la baie rose CO2 pour application en parfumerie – Firmenich.

1995 : Première utilisation commerciale d’un extrait au CO2 (Baie Rose) dans Pleasures Estée Lauder Firmenich.

2003 : Brevet de lavage à contre-courant utilisé par Flavex.

2013 : Brevet d’extraction CO2 à partir de fleurs de Charabot.