Zarpazaan, la petite boutique de Safran d’Ispahan

« Pour qu’une chose soit intéressante, il suffit de la regarder longtemps. »

Ce que dit le père Balzac est aussi vrai pour les odeurs.  Les goûts sont souvent une affaire d’exposition. Si comme moi vous n’avez jamais été fan de safran, venez en Iran : sirop de safran, riz au safran, glace au safran, cake au safran, poulet au safran, et dans les bazars ? Encore ces effluves de safran… Vous pouvez passer la journée à l’avoir dans les narines. Jusqu’à maintenant, j’abordais cette matière par sa facette cuirée, limite « chaussure portée ». Après 10 jours d’Iran, je me suis habituée à son teint ocre, et son odeur passée. (Le latin safranum vient du mot persan « zarparan » , zar  signifiant « or » et « par » veut dire « stigmate »). Avec de la menthe, du riz et des épines-vinettes, il se fait plus frais et aromatique. Pour goûter à sa facette orientale, associez le avec de la rose, de la cardamome et du sucre. Dans une glace à la pistache, il est juste divin…


La boutique Zarparaan à deux pas de la place de l’Imam à Ispahan vous expliquera toutes les qualités de safran du médicinal au plus noble, après vous avoir fait déguster ce délicieux thé au safran.


Une petite démonstration avec une pince montre comment séparer les 3 stigmates de leur extension (partie jaune).

Le prix dépend bien sûr de la qualité mais rien à voir avec les minuscules boîtes que l’on trouve en France. L’opulence et la générosité orientale se retrouve aussi dans la boutique…

Zarparaan, 22 ostandari st, Ispahan – www.zarparaan.com

HU-MANE

Comment repenser l’humanité dans un monde où l’homme passe de plus en plus de temps devant son écran, où tout se dématérialise, de l’ami virtuel à liker sur les réseaux sociaux aux clubs de rencontre sur internet. Il faut maintenant repenser nos relations à autrui, imaginer notre futur en cohabitant avec un robot programmé pour nous tenir compagnie, ou pour compenser le manque de relations humaines… Il y a certes des courants de résistance : le slow living, la détox digitale, et l’engouement pour la méditation.

Et pourquoi pas imaginer des parfums qui nous « réhumanise » ? MANE nous invite à explorer une sensualité nouvelle, accepter notre animalité pour mieux se fier à nos instincts primaires. Treize parfumeurs ont ainsi joué le jeu de cette nouvelle sensualité, De cette thématique sont nées vingt créations originales, où l’addiction ne se traduit pas par une notre gourmande trop attendue mais par la délicatesse d’accords musqués, cuirés ou de bois ambrés. Intéressant de voir la diversité d’interprétations de cette thématique en fonction des parfumeurs, travaillant sur des marchés éloignés : France, US, Brésil et Moyen-Orient. Nous avons tous notre vision sur l’animalité.

Bravo à Olivier Bachelet pour l’orchestration de cette présentation très inspirante. Et à cette occasion, une petite pensée à toutes ces personnes du parfum qui travaillent dans l’ombre des marques, essuyant parfois les lapins, les rendez vous annulés à la dernière minute sans un mot d’excuse. Nous avons beau travailler dans le luxe, n’oublions pas ce qui fait de nous des animaux civilisés : la politesse. Bref, restons HUMANE !

Champaca blanc, Robertet (absolu)

Voilà une fleur que je ne classerais pas dans les gentilles, ah non, elle a tout d’une vilaine. En tout cas sa personnalité s’exprime avec différentes facettes de caractère : fleurie, un Ylang Ylang sensuel, un jasmin plus lourd, plus gras, et plus foin, ou même l’œillet (pour son côté eugénol), Le fond devient gourmand : amandes et fruits confits, pruneaux caramélisés. Enfin, la facette cuir arrive en finale pour accessoiriser d’une pointe de fumé. Vénéneuse lui irait bien comme adjectif, il y a de la violence dans cette odeur :  elle sent la fleur qu’on écrase. Et quelques heures après, elle s’adoucit pour donner une note thé aromatisé au jasmin…

Constituants  linalol, geraniol, méthyl eugénol

Amyris, MPE (essence)

L’élégance et la force d’un cheval … L’amyris me rappelle l’odeur de la selle de cheval, un cuir noble, racé. Cette note boisée est à la fois sèche, poussiéreuse (comme un cèdre Atlas pour son côté cuir) , ou un santal des Indes (sans la note lactée) et sombre : on imagine volontiers un bois noir vernis, celui d’une armoire de mariage chinoise… Il a aussi une note foin qui rappelle la paille…Définitivement on se retrouve dans une écurie…

Dihydro ionone delta, (molécule)

Ah ça, c’est le rock de la violette : oh yeah ! Par rapport aux autres ionones, celle-ci est très encaustique, miel, ambrée, presque caramélisée mais pas dans le sens « bonbon gourmand » : non, elle va chercher le boisé, se masculinise avec une note cuir : elle a troqué son sac de mamie contre des boots compensées et sa note maquillage se transforme en piercing métallique. Après quelques heures, elle a presque quelque chose de bois ambré, tenace la petite ! …

Si Lisbeth Salander avait un parfum, ce serait une overdose de cette matière !

Champaca Blanc, Robertet (Absolu)

Champaca ! houlà ! Ce nom qui sonne comme un cri guerrier africain porte sa connotation : cette fleur est méchante assurément ! En tout cas elle a du caractère, même le lendemain, elle assure encore sur touche… Un départ sympa : Ylang-Jasmin, lourd, gras, et opulent ; elle évolue vers une note plus foin, tirant vers l’œillet (côté eugénol et fumé cuir), elle continue vers un délicieux fond de fruits confits caramélisés et amandés.  Capiteux, poudré, on dirait un oeillet qu’on écrase d’un coup de boots !  Tiens ! On est loin de la rondeur de J’Adore de Dior qui en contient, c’est une version plutôt latex et culotte en cuir qu’on a là !

Ses constituants : linalol, geraniol, méthyl eugénol…

Narcisse, LMR (absolu)

Quel nom prometteur pour une matière première ! C’est vrai qu’on n’imagine pas une note timide pour le Narcisse, et elle ne nous déçoit pas : elle possède des accents violents de tubéreuse (par son côté fruité, terreux, et gras), d’autres d’oeillet (par sa note poudrée cuir), et enfin de jonquille (effet carton sec). C’est définitivement une fleur opulente, riche, capiteuse… intéressante car elle a aussi une certaine rusticité d’homme.

Frangipanier, Charabot (absolu)

La volte des vertugadins ! Cette matière pourrait inspirer un bal sous Henri IV : un cabinet de curiosité, une bibliothèque bien fournie en livres reliés de cuir où la poussière se serait un peu accumulée. Ici et là des patisseries laissent du sucre sur les doigts de ces muguets de cour… L’Absolu Frangipanier rappelle un boudoir qu’on aurait trempé dans une liqueur orangée (un cointreau, un grand marnier, s’ils avaient existé à l’époque !) tandis que les demoiselles font virevolter leur froufrous impregnés de Neroli et leurs perruques poudrées. Et oui, vous avez deviné je suis encore et toujours en train de lire Fortunes de France… mais cela dit avant d’avoir lu ce tome, je m’étais noté comme évocation « Fleur d’oranger-carton » … beaucoup moins poétique, n’est-ce pas ?

Castoreum, Mane (absolu)

Quand on sent cette matière animale, on n’imaginerait pas du tout sentir cette note ! Elle commence en odeur de fleur écrasée, comme un œillet un peu acide, avec ses notes épicés girofle. Puis elle devient caramélisée, cuir, puis feu de cheminée. Enfin, quand on attend un petit peu, elle termine en odeur d’encre waterman, hum quelle merveille, une odeur très enveloppante à la fois rassurante car elle rappelle un souvenir d’écolier et à la fois très sensuelle, féminine : un petit écolier qui fait un câlin à sa maman !

Calamus, (essence)

Clac, fait la porte de la vieille Opel ! Hum la bonne vieille odeur de renfermé d’un intérieur cuir qui s’est patiné avec le temps et imprégné de tout ce qui rentre dans l’habitacle : fumée de cigarette, terre, les relents du tapis de moquette que l’on piétine sous le volant, l’odeur de daim des isotoners (ceux en cuir beige à petits trous) que l’on glisse dans la boîte à gants, la carte de la France qui a commencé à moisir, il manquerait presque la moumoute ! C’est exactement l’odeur qui nous a tous traumatisés en vacances, dès qu’il faut faire un peu de route dans la voiture de ses grands-parents ! Et pourtant, ce calamus a quelquechose de féminin, de sensuel, en tête il est presque frais, hespéridé, camphré, effet qui part pour laisser place à cette note voiture ! … Idéal dans un bon vieux chypre cuir !