L’incroyable odeur de l’or birman…

Une chose est sûre, la Birmanie ne manque pas d’or. Visitez n’importe quel temple et vous pourrez acheter ces nombreuses feuilles d’or, de quoi participer vous aussi à la richesse resplendissante du pays. La pagode Shwedagon de Rangoon en est un parfait exemple, lors de son dernier lifting, pas moins de 16 000 plaques d’or à 600 dollars pièce ont été recueillies par les moines en dons !…

Comment fabrique-t-on ces délicates feuilles ?

Pour le savoir, RDV à la fabrique de Mandalay où tout le procédé ancestral est expliqué.

Nous sommes accueillis par un vacarme assourdissant : c’est le son des hommes qui frappent les feuilles en cadence. Quelle surprise, je n’avais aucune idée de comment les faire si fines et je ne m’attendais surtout pas à ce que ce soit réalisé à la main !…


L’ image montre de gauche à droite toutes les étapes de travail :

  • Un ruban d’or est découpé et battu pendant une demi-heure pour étirer la matière.
  • Il est alors découpé en six morceaux qui seront eux-mêmes encore battus une demi-heure.
  • Chaque morceau est ensuite intercalé dans des feuilles de bambou (plus résistantes) disposées dans un carnet de cuir.
  • Les feuilles seront encore battues 5 heures avec une masse de 3 kg, un sacré labeur pour transformer 24 carats en 2200 feuilles. Une sorte de clepsydre artisanale permet aux hommes de savoir à quel moment changer de cadence.

  • Les feuilles, d’un millième de millimètre d’épaisseur, seront conditionnées dans un autre atelier, cette fois tenus par des femmes.

    

Il est surprenant de voir comme tout le travail se fait manuellement : les feuilles sont découpées avec la corne d’un buffle pour en faire de parfaits carrés vendus en carnet. Il faut juste penser à poudrer ses jolies mains de poussière de marbre pour ne pas se transformer en goldfinger. Même les boîtes de carton sont découpées et collées à la main, un vrai travail de patience… À côté de ça, le baudruchage d’un flacon de parfum paraît facile !

Les feuilles de bambou utilisées pour la frappe font aussi l’objet d’un traitement original : on découpe de fines lamelles d’une espèce de bambou particulier (dont l’intérieur est plein). Celui-ci est trempé dans de l’eau et du citron pendant 3 ans. Ses fibres sont ainsi transformées en pâte qui elle aussi sera battue, la feuille prendra alors cette apparence translucide et deviendra très solide.

Des millions de feuilles d’or sont ainsi vendues dans tout le pays, certaines personnes les mangent (l’or serait pour le coeur), d’autres les utilisent en cosmétique, mais le plus grand usage est religieux : on en couvre les bouddhas.

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Les plus célèbres sont ceux de Phaung Daw U sur le lac Inlé. Les statues ont reçu tellement de couches, qu’elles ressemblent davantage à des cacahuètes géantes qu’à des Bouddhas.

Une grande ferveur les honorent depuis 1965 : une légende raconte que lors de la fête locale, la grande barge qui les transportait en procession chavira. De nombreuses recherches furent poursuivies mais seulement 4 des 5 statues furent retrouvées et ramenées à la pagode. Surprise… le 5ème Bouddha était à sa place… recouvert d’algues ! Comment était-il revenu ? Miracle…

Et l’odeur dans tout ça ?

Lors de la visite, je fus surprise par un geste incongru de l’un des batteurs d’or. Le plus jeune tourna les feuilles d’un quart de tour et, avant de les remettre dans le carnet de cuir, et il  frotta celui-ci sur son ventre et son dos, raclant sa sueur pour la mettre dedans.

Je demandai au guide l’explication : « l’eau déchirerait les feuilles alors que la sueur contient un peu d’huile, le gras protège les délicates feuilles pendant la frappe. »

L’argent n’a pas d’odeur, mais l’or…

Amberketal®, Givaudan (molécule)

Dans la série des bois ambrés stridents qui ne sont pas faciles à différencier, il y a l’Amberketal… Qui n’a jamais passé une nuit au Rex dans les années 90 ? Pour moi c’est ça : l’odeur de sueur acide, de clopes qui colle à la peau et reste dans les cheveux, une vague odeur de fond de gin ! … L’Amberketal, c’est le goût et l’odeur d’un lendemain de boîte de nuit, ambiance auberge espagnole : Hola, (amber) que tal ?

Caproate d’Allyle (molécule)

Je ne sais plus dans quel film c’est mais la scène m’a marquée et quand je sens cette matière j’y repense tout de suite :

Des jeunes sont dans un restaurant aux US, et regardent le menu en se demandant soudain : « Mais c’est quoi cette odeur, c’est immonde ? » – « Ah, ça vient du menu ! » Soudain la serveuse vient prendre la commande, récupère le menu… ils réalisent alors d’où vient l’odeur : elle vient de le mettre sous son aisselle !

Et bien le caproate d’allyle pour moi c’est ça : la vieille grosse serveuse qui se néglige (comme les femmes qu’on peut trouver dans les supermarchés l’été dans les villages avec du poil aux pattes et la moustache). Elle arrive pour nettoyer la nappe en lino avec une éponge sale qui a bien moisi et vous propose en dessert des ananas qui se révèlent être des ananas en boîte…

La première impression est terrible ! Après quelques minutes, l’odeur d’éponge moisie disparaît pour laisser une timide odeur d’ananas, un peu cuir, un peu cendrier. Heureusement, ça part vite.

Bon appétit !

Oxane®, Firmenich (molécule)

Quelle étrange matière, l’Oxane … et difficile à classer par la richesse de ses facettes ! Un départ hespéridée lorsqu’on la sent de loin avec son effet pamplemousse. Puis en se rapprochant, elle prend une étonnante odeur de sueur, très métallique, cela nous prend presque à la gorge. Une de mes copines trouve que ça sent le sang, par son côté ferreux, ce n’est pas faux ! Ensuite on découvre un effet vert, râpeux, tondeuse à gazon qui se transforme en goudron chaud, un peu brûlé. Il reste tout de même quelque chose de surprenant : une petite note fruitée derrière tout cela : un effet exotique ? bourgeon de cassis ? qui dénote par son côté acidulé… Utile pour faire tenir une note muguet, rose ou jasmin.

Et dire que certains appellent leur enfant Oxane … Pas sympa ça !